Christophe Forgeot

 

 

(France)

 

 

 

La poésie fait partie intégrante de la vie

 

 

« Poème » vient du latin « poema » qui vient du grec « poiêma » et désigne « ce que l’on fait » : une création, une œuvre. D’ailleurs, « Poiêma » est dérivé de « poiein », « faire », au sens anglais du terme, « to make » (et non « to do »), comme le rappelle Alain Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française. Pour être rapide, c’est donc faire ̵ concrètement ̵  une œuvre d’art.

 

« Poëme », en français, est utilisé au 14ème siècle pour qualifier un ouvrage en vers ; puis, au 16ème siècle, les auteurs de La Pléïade répandent ce mot. « Poésie », tiré du latin « poesis », lui-même hérité du grec « poiésis », renvoie également à l’idée de « fabrication », de « création » et devient « l’art de faire des vers ».

 

Pour moi, la poésie est donc naturellement une écriture spécifique qui privilégie un langage rythmé et imagé, constitué de sonorités, de comparaisons, de métaphores nouvelles. Jean-Louis Joubert dit dans son ouvrage La Poésie (Armand Colin / Gallimard, 1977) : « La poésie n’est donc pas la mise en forme d’idées particulières. […] La poésie est d’abord une aventure de langage. […] Le poète est celui qui ne parle pas comme tout le monde ; qui transgresse les règles de la langue. » A partir de la chanson de geste, comme la vie, la poésie s’est transformée depuis les troubadours jusqu’à aujourd’hui et elle continuera de le faire, mais cela ne l’empêche pas de comporter des « invariants » qui la différencient des autres genres ; notamment, elle n’est pas didactique (et c’est en ce sens, entre autres choses, qu’elle diffère du rap et du slam), elle se veut éminemment intime et dialectique, une élévation de l’âme suscitée et servie par une imagination créatrice ; elle ambitionne de voir les choses d’une manière originale et neuve. En effet, le poème ne dit pas prosaïquement la beauté ou l’état du monde ; il comprend le monde, le dévoile, l’expose dans un langage nouveau et, à travers lui, permet une approche différente du réel. Dans son Emotion appelée poésie (Flammarion, réédition 1989), Pierre Reverdy écrit : « La poésie n’est pas dans les choses – à la manière où la couleur et l’odeur sont dans la rose et en émanent – elle est dans l’Homme, uniquement, et c’est lui qui en charge les choses, en s’en servant pour s’exprimer. » En ce sens, la poésie fait partie intégrante de la vie du poète car les poèmes sont autant de coquillages “où résonne la musique du monde” comme dit Octavio Paz dans L’Arc et la lyre (Gallimard, réédition 1987).

 

La poésie est partie intégrante de la vie, aussi, parce que nous sommes constitués par et pour le mouvement, par et pour ce qui pour nous demeure un mystère, c’est-à-dire « le mobile et l’inconnu ». « Le poème est essentiellement une aspiration à des images nouvelles » nous dit Gaston Bachelard dans L’air et les songes et, avec lui, je pense que le poème est de l’ordre de l’inconnu, littéralement de ce qui n’est pas encore connu, de ce qui n’existe pas encore. La poésie est donc par définition mobile, mouvante, comme la vie ; elle est animée, évolutive, fringante, turbulente…  J’aime à dire que la poésie est le nid éclaté de l’inattendu et il est réducteur de vouloir la décortiquer, l’expliquer, la comprendre par la raison, car elle parle avant tout aux sens, à l’âme ; elle est source d’émotion et de connaissance, non de raisonnement et de savoir. Et c’est en cela qu’elle est particulièrement complémentaire de la science et prodigieusement nécessaire à ce titre. Comme la science et l’humour, la poésie est le propre de l’Homme ; elle fait partie intégrante de la vie, pour peu qu’on lui octroie une place, et si la poésie venait à manquer, le monde en souffrirait cruellement, car il ne lui resterait, de l’homme, que la guerre et la croyance.

 

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Christophe Forgeot habite le Var ; il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, ses derniers recueils de poèmes sont Murmures d’Eros (Wallâda), Porte de la paix intérieure (L’Harmattan), Saisir la route (Jacques André éditeur), Haïkus du voyage paru en 2015 (Editions du Petit Véhicule) et De Loin en loin paru en 2016 (livre d’artiste avec Henri Baviera, aux éditions Les Cahiers du museur).

 

Son site www.christopheforgeot.fr donne un aperçu de ses publications.

 

Photo de l’auteur : Lydia Belostyk

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