Chantal Hassler

 

 

(France)

 

 

 

Le point

 

 

 

 

 

 

La diversité de la langue française t’est si familière que tu t’y promènes en caméléon.

Un jour, de fin du 19eme, un peintre nommé Seurat, t’a fait entrer dans l’histoire de l’art. Il  a eu l’ingénieuse idée, de te centupler, te faire changer de couleur, t’harmoniser avec beaucoup d’habileté et de  patience.

Les brodeuses et couturières aussi, te manient. Elles changent ton apparence et t’affublent de noms charmants ; croix, tiges, zigzag, plumetis, serpentine… Peut-être que sans toi, nous revêtirions encore, des peaux de bêtes.

Sous les doigts agiles des chirurgiens, tu répares des plaies béantes, des petites blessures, estafilades, égratignures, griffures ou écorchures d’enfants imprudents, des visages et des corps vieillissants de  personnes en mal de jeunesse.

Lorsque tu attires tous les regards sur lui, le narcissique jubile et sait qu’il a fait mouche.

Ce coureur essoufflé, qui se tient le flanc en grimaçant et  maugréant, te fustige. De même pour cette jeune fille, en pleine efflorescence, qui te scrute dans son miroir et frôle l’hystérie.

Tu  incarnes parfois le mystère, lorsque tu es ténébreux et que tu immisces le doute.

Chaque matin, tu réveilles la nature et les hommes dans une douce renaissance.

Depuis quelques années tu fleuries les routes.

Grace à toi, les automobilistes exécutent des chorégraphies bien synchronisées.

Quelques fois, lors d’une conversation houleuse, tu deviens névralgique. D’un cas à l’autre, tu cristallises la fin d’une relation amoureuse ou d’une réunion décisive.

Tu peux aussi mander des protagonistes et les inviter à épiloguer ou introniser un projet, une mode, une loi…

Montrer tes failles est un exercice auquel tu t’adonnes sans peine. Un grain de sable, dans les rouages d’une machine bien huilée, suffit à te dévoiler.

 

Sans toi, aucun texte ne connaîtrait de frontière. Les mots s’enchaîneraient, dans une course effrénée, à l’instar d’une armée de petits  soldats de plomb, déroutée.

 

Les écoliers capitulent lorsqu’ils planchent sur ton cas. Dans un imbroglio de lignes droites ou courbes qui se croisent, se décroisent, le temps leur paraît suspendu jusqu’à la sentence finale.

Il est indéniable que tu as l’apanage d’une flopée d’expressions. Bien d’autres n’ont pas été  évoquées ici.

Je mettrai point à mon point de vue, en disant :

« Tu tombes toujours à point nommé ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chantal Hassler est née dans les années soixante. Elle a grandi dans un petit village de Meurthe et Moselle.

Depuis 2005, elle s’est installée à coté de Metz, pour continuer à jouir des bienfaits de la campagne.

Durant des années, elle a pu concilier son parcours professionnel avec ses loisirs artistiques; chanteuse dans un groupe de country pendant dix ans, membre d’une troupe de théâtre, et ses violons d’Ingres : l’écriture et la peinture.

Aide-soignante en psychiatrie, puis animatrice sociale auprès des personnes âgées, elle a eu la chance de pouvoir partager ses passions et ses talents avec une multitude de personnes attachantes. Depuis peu, elle a intégré un atelier littéraire à la médiathèque d’Amnéville-Les-Thermes,en Moselle. Elle y découvre un vrai laboratoire de l’écrit qui lui permet d’affûter sa plume.

Ainsi, ses textes ne resteront plus au fond d’un tiroir… mystérieux et pour cela, trop silencieux.

 

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