Céline Cavalletto

 

 

 

 (France)

 

 

 

 

Rien

 

L’arbre creux, le crayon sans sève, la feuille dénudée

Invisible dessein d’existence

Gommage de mes pensées sans nervure

Exfoliation des os jusqu’à la racine nourrie par l’infime vacuité

Mes organes néantisent l’absence

Rassurent l’incertain

Nihilisme entre ciel et chair

Notre sang est passager

Caillé dans son habit originel

Ici une veine qui éclate

Obstruée par l’inexistence

Elasticité étrangère

Qui s’étire entre tout et rien

Au bord de nos corps révoltés

Partitions de vie sibylline

Où les notes solitaires se raccrochent au vide organique

Nous y respirons l’air de rien

 

 

 

 

Arbre de vie

 

Je est un être

Enraciné dans une forêt de pourquoi

Où les feuilles vides grelottent à la lisière du temps qui s’échappe

Aussi blanches qu’un soleil fuligineux et éparpillé sur les écorces écorchées

Les branches lacustres se mirent dans les yeux de questions sans foi écumées

Sève scintillante au coin de l’œil clos

Je… mange

Une cuillérée d’univers

Pour nourrir les doutes qui emplissent le vert espéré

Hasard ?

Le fruit pendu

A l’arbre veuf de toute renaissance

Ecoulement progressif

En larmes de sucre

Confondues et témoins d’un autre

Messager de l’irrationnel

Etre n’est qu’ un jeu

 

 

 

 

La grand ‘âme

 

L’âme écarquillée

Bleue

Irisée par les printemps passagers de ma chair bourgeonnante

Hérésie du corps

La cellule a fragmenté l’opale suspendue à l’attente violente et incertaine

Derrière des barreaux d’os

Aux sonorités atemporelles

Les mains au bord du cœur

Tu as capturé mon sang emprisonné dans sa couleur lancinante

Exérèse exquise

Dissolution vermeille

Stop

Vision en filigrane

Version 21 grammes

Serait – ce le poids de l’inconditionnel

Espéré sur les bords de la rive en dérive ?

Point de réponse

Continents parallèles

Les sutures originelles ont décousu ton habit de peau

Le grain frissonnant  sur les poussières éternelles

Peut –être au milieu des étoiles

Dans un ballet de mystère

Tu es une grand’âme dans ce nouveau ministère

Peut – être à jamais

Qui sait ?

 

 

Réalité étendue

 

Les choses se font et se défont

Et je voudrais broyer la lumière de mes pensées

Attiédies dans  l’attente creuse

Là où la chair libérée des angoisses

Epuise l’atmosphère cotonneuse, blanche

Epouse incertaine

D’une terre douteuse de sa réalité

Fragmentée

Emergée de la pierre en instance d’une ré existence

Attendre l’attente

Autour d’un destin qui résonne

Autour d’un festin qui détonne

Et manger les couleurs passées au crible d’une vie de mystère

Allongée sur un lit en défaite

Ici les choses se font et se défont

Dans des draps nébuleux

Et brodés de soleils

Transpercés des rayons froids de l’humain

La réalité est ailleurs

Vive espérance

 

 

 

 

Insomnuits

 

Le spectre de mon infortune

Reflète sa blancheur jusqu’au tréfonds des ténèbres

S’élève comme la nuit,

Tout s’engouffre.

Expiable au – delà des portes fermées, verrouillées

Infiltrées de lumière transfigurant le passé,

Tu demeures de l’autre côté.

Lune sans visage, floue, abusée par l’obscurité

Perçant le mystère de la mort.

A tombeau ouvert, mon cœur est serré comme le noir cerné

Dans l’étau de prières

Maculées de la bouche des vivants.

Là, une chambre recouverte de cicatrices

Où saignent les murs, tremblante, sous l’audacieuse pénombre,

Transpirante dans ta chair aveuglée.

 

 

SURSIS

 

Longue et sinueuse excursion, j’ai le vertige de l’univers

A force de  tours et de détours au creux de tes alentours

J’avance dans tes pas, auréolée de tous mes travers,

Tandis que tu me guettes en cachette, me survole  avec l’élégance du vautour.

Aux aguets, ta bouche reste inlassablement  grande ouverte

Comme pour m’avaler jusqu’à en nourrir ta terre de ma chair

Et, m’évaporant dans l’immense firmament, je voyagerais, là, inerte

Embrassant le bonheur d’être triste de n’être que poussière.

Rêverie au – delà de tout, semblable au «  songe d’une nuit d’été »

Sentir  la présence de cette absence de l’infiniment grand à l’infiniment petit

Et, si tout s’arrêtait ?

Par l’émoi, extraction de cette vie.

Personne ne pourra jamais t’éviter, tu es notre fidèle invitée

Installée avec une haute prétention  au cœur de toutes nos incertitudes

Je me dois donc de te faire honneur et vivre même avec  velléité

Juste par ironie, tant d’incomplétude.

Parcours en sursis, on sursaute

Ici et là, tu nous hâtes au travers de souvenirs, capturant les instants mystérieux

Je tressaute

N’ y a-t-il donc pas un ailleurs plus heureux ?

Telle est l’ultime question du vivant, de la vie, du vent, de l’avant,

Alors que les heures dégoulinent des pendules

Alors que le temps se faufile à contrevent

Sur le fil nous errons comme des funambules. Le parvis de la vie

Bévue qui s’étire avec une tristesse radieuse

Qui se tire, la fleur au fusil,

Touchée par la solitude heureuse

Et qui désarme, glaçant les cœurs à coups de grésil.

 

Synonyme de l’oubli  évoquant tant de souvenirs

Tu trônes comme Cerbère aux portes de ta mémoire,

Gouvernée par l’irrésistible à venir

Sous les ordres de ton sceptre tu diriges l’histoire.

 

Temps imprévisible, soleil éteint, pluie de lumière

Les saisons mangent tes humeurs qui défilent

Au gré du vent, gonflée de cet énigmatique mystère

Tant de souffle pour nous dire que tout ne tient qu’à un fil.

 

En première partie tu attends le mot de la fin,

Répliques balbutiées sur des airs légers de mélancolie

Nous t’implorons de grâce dans un théâtre de disgrâce sans parfum

Changeant de costume quand se fait lourde la légère nostalgie.

 

D’échecs en échecs pour en gagner la partie

Jeu de hasard où les règles sans mot dire se dérèglent, progressivement,

Tu nous imposes royalement le mat sur notre durée impartie

Ta stratégie nous annonce avec fierté le sublime dénouement.

 

De tous les songes qui parcourent mes nuits blanches

Tu es celui qui fait vibrer la mort, doucement, au son de soupirs qui s’élèvent au – delà des ponts

Et nous fais prisonniers porteurs de lourdes palanches

Auxquelles sont suspendus nos plus malheureux abandons.

 

Nous montons cependant allègrement vers les marches de ton édifice

Avant de s’immoler par l’essence de la vie,

Et nous ét(r)eindre dans un feu d’artifices

Cendres de chair ensevelies d’une tendre ironie !

 

Angoisse

Poumons de la terre

Enserrés dans l’étau vert de mes pensées

J’étouffe d’impuissance

Intercalée entre l’arbre vide et la terre transitoire

Mon corps s’embranche à hue et à dia

Dans des herbes assoiffées et pendantes

Aux branches nues de mes tourments

Veines palpitantes

Cœur bleu

Vertige de vivre

Sur les cimes de la nuit impassible

Jusqu’aux racines de ma chair questionnant le pourquoi

Graine cassée en impulsion

Dans les champs de ma conscience

Où mes angoisses fertiles

Sèment un vent de panique

Dans mon corps dépossédé de son corps

Oppressée, en cage

L’angoisse, ma compagne

Pour aller où ?

 

 

 

 

Floutage de mots

 

Je nage dans un océan  de mots écumés par la houle tourmentée

Qui se cachent  de rochers en rochers  ébréchés et  immobiles,

Et appellent  mon auguste névrose arrimée à la syllabe éclatée

Où  mes phrases aliénées d’un soleil trop fort épanchent mes tristesses habiles.

De voyelles en consonnes je divague au son de mes orages orange

Pour attraper les lettres en célestes quartiers qui s’envolent dans un rayon de miel

Lumière sucrée sur des maux noircis par l’étrange

Projecteurs allumés sur le monde où résonne un faisceau de kyrielles.

De vers en proses je remplis le vide d’un amour juxtaposé

Abreuvée par  d’autres  particules ruisselantes et inconnues,

Alcoolisée d’oxymores aux vertus imaginées

Synonymes avinés et  chavirés par des anges aux ailes nues.

J’en perds mon latin,

Déracinée de mes sentiments aux desseins arabesques

J’articule d’une main engrainée   pour enterrer ce chagrin

Ad vitam aeternam  ouvert en corolle sur un essaim de mots rocambolesques.

Le prisme d’une bouche muette s’élance dans la nuit à la langue élaguée d’inutile

Et reflète des mots dits démodés dans un gosier  étouffé d’homonymes

C’est l’hymne rabat joie  chanté par la grammaire subtile

Ode à la joie ! Les plus belles tristesses sont celles qui s’allongent sur un lit de rimes.

Les mots errent doux et légers sur le fil de mon vague à l’âme décousu

Me réchauffent un instant le cœur habillé de silence

Motus et bouche cousue

Ils retournent doucement à leur lieu de naissance, l’absence.

 

 

 

 

Et puis,  la pluie

 

Je te vois à travers mes vitres rêveuses

Eau de vie saupoudrée en transparence

Comme un « i » sans point de chute

Comme un chapelet de larmes précieuses

 

Les arbres se dégouttent au vent de nos peines

Goutte à goutte cliquetant sur le grand sarcophage du chaos

Ivres de nuages qui ont peut –être trop rit

Des déboires qui s’écoulent, intarissables, de nos veines

 

Le ciel fait sa crise, les anges se dégrisent

Dépression de cendres mouillées d’éternité

Avalanche du temps qui passe pour nous rafraîchir les idées

Juste avant que le vent nous chante sa dernière bise

 

Toile grise sur fond d’un soleil mort de mai

Pinceaux jaunis par les airs délavés de nos pensées dégoulinantes

Je dessine à l’encre de mes yeux étourdis

L’œuvre de la pluie qui arrose nos souvenirs  animés

 

Il pleut, je trempe ma plume dans la flaque d’un visage aveuglé

Eclaboussures en brin de folie affolée

Le monde se déverse de tous ses pêchers

La terre est imbibée d’humeurs étranglées

 

La nature amusée reprend ses droits sous un gazon qui frissonne

Mariage humide entre vos  pas précipités et le sol

Je suis le témoin de la muraille qui vous unit

Pour le meilleur et pour le pire la pluie  vous assaisonne !

 

 

 

 

L’art moire déchirée

 

Aux armes !

Il faut ranger ton âme, la déposer dans ton ventre, l’apaiser de sa fêlure et essuyer tes larmes,

Car là, sur des étales,

De poussière en poussière, tout s’est étiolé dans la nuit étoilé.

Mes pensées suspendues et habillées d’amour prennent la forme d’un tailleur de coquetterie déshabillé en toute dignité.

Une odeur lointaine de vies qui s’enchaînent,

Cotons et soies se promènent entre trois portes fermées.

Ton visage en bois de chêne fissuré, m’observe sous toutes les coutures depuis mon arrivée et surveille mon reflet transformé au beau milieu d’un miroir égaré.

La tête couronnée et ornée de bijoux fixée comme un trophée,  surplombe les craintes de mon  enfance épuisée dans tant de regards croisés.

Tantôt reine apprêtée tu règnes sur les étoffes étouffées, tantôt roi ensoleillé tu fais lumière sur des grincements énervés.

Les clés perdues de tes secrets parviennent pourtant encore à ouvrir mon cœur qui balance entre reine et roi, entre toi et moi.

Portes qui s’ouvrent et se ferment, portes qui me transportent en des sens figurés.

Tes tiroirs ont abrité tant de trésors au son de craquements nocturnes et angoissants que j’entends aujourd’hui leurs échos me dire dans un langage boisé : « garde – moi près de toi, je te protègerai ». Des mots qui transpirent dans toutes tes nervures assoiffées de nos souvenirs passés.

Tu n’en feras pas du papier froissé.

Armoire, tu me racontes une histoire, tu mets ta robe de moire

Je t’arrange et te dérange et t’écoute me parler d’espoir…

 

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