Céline Cavalletto

 

 

 

(France)

 

 

Etre à part, être

 

Naissance de la chair.

Fragments de vies mêlés à des cœurs ancestraux

Amoureux un instant

Sur un lit étouffé de misère.

Perpétuer l’illusion de l’éternel pour contempler la sublimation

De ces corps qui s’arrachent aux entrailles de la terre,

Dans une évanescence accablante de douleur.

Vapeurs dissolues,

Reflétées dans le faisceau de l’être.

Apparaître

Sous les effluves de sueurs dégoulinantes de plaisir

Et de cris noyés par la chaleur apaisante.

Peau abîmée de mains tremblantes de mensonges

Extirpées par des langues avalées,

Essoufflées,

Etre à part.

La part de l’autre comme un prolongement inachevé

Pour se barder contre l’extrême finitude, lorsque tout doit disparaître.

Poussière éparse

Insufflée, époustouflée

Qui s’étend entre l’être et le paraître.

 

 

Etre ou avoir ?

 

Etre est à voir

Avoir enlève  la vue

Etre est pouvoir

Avoir soulève des points de vue

Et pourtant il faut regarder les choses en face

Avant qu’avoir à être ne s’efface

Quand je dis que je suis

Je ne sais où je vais

Quand je dis que j’ai

Je ne sais si être me suit

Entre être et avoir mes pas auront donc été… poursuivis

Je veux juste être

Et me débarrasser d’avoir

Car avoir n’est pas être

Même si  être a aussi besoin d’avoir

Etre c’est aussi se connaître

Avoir c’est aussi savoir

Il faut donc savoir être

Pour avoir à se connaître

Entre ces deux auxiliaires ennemis

La grammaire pourra – t’elle se faire des amis ?

C’est tout de même bien étrange de n’avoir rien à voir

Mais je crois que c’est être ange que de ne rien vouloir avoir

Avoir dans le sens de posséder

Etre au sens d’exister

Telle est la grande question

Que tout le monde se pose au présent

Je suis

J’ai

Exister où posséder ?

Faut –il posséder pour exister

Où exister pour posséder ?

Je pense qu’à vouloir trop avoir

Avoir empêche d’être

Et sans être

Avoir ne peut apparaître

« On ne peut pas être et avoir été » disait Chamfort

Je connais quelqu’un qui me l’a souvent répété

Mais dans tous les cas

Si être est avoir été

Avoir a eu être

Puisqu’être ne sera plus jamais

 

 

 

 

Eloquence du silence

 

Silentium

Sans lieu

Sinon hors d’atteinte

Entre pauses et soupirs

Le bruit est en sieste

En attente

Sous les spires d’un univers négocié

Intercalé entre l’humus acharné et les os décharnés

Bruissant d’une musique intérieure

Assourdissante

Que seule l’oreille aveugle musarde  au hasard d’une parole absente

Ce sont les invisibles

Ceux-ci que le cœur voit étalés sur la mappemonde

Dans les reflets bleus sans fausse note

Prélude de l’éternel

Qui élargit mon espace en sourdine

Les mots sans air ont juste démodé les entrailles du silence

 

 

                         Avril 2013, Céline CAVALLETTO, tous droits réservés

 

 

Des espoirs organiques

 

Le ciel s’écrase lourd comme une marche funèbre

Crevant sous des pas égoïstes à en fissurer  les ciments

Veuf d’un soleil  qui apothéose les cœurs vides et avides

Temps insipide

Le monde se nécrose dans l’impasse de la vie

Ailleurs

Déambulation  dans mon corps désamorcé par une mélancolie acide

Je m’accroche au squelette de notre amour grenadine

Que la chair de mes mots habille de mille oripeaux

Nudité déchirée

Alors je voudrais tuer cet espace

L’espace d’un instant

Pour juste observer le ventre de l’univers

Et retrouver l’autre partition d’avant la séparation

Et de composition en décomposition

J’inventerais des notes sucrées et rondes

Blanches et noires

Pour enchanter  les fol espoirs

 

 

 

Au rythme de mes jours mouvants

 

 

La molécule de l’amour

 

L’âme disséquée, l’Amour disloqué

C’est du silence

Un silence long et nu qui parcourt les os superposés

Et la chair, pudique de mots insonores

Font entaille dans des ventres, des cœurs, des sangs à la cellule éclatée

Enchaînée à  l’espace carcéral de nos entrailles en défaite

Dans leur solitude viscérale à la gracieuse immanence

Celle – ci

Qui dégouline le long de nos peaux à l’affût de cet autre

Le corps s’efface

Le cœur en face de la vie étrangère

Réinvente le langage mutique

Tel l’oiseau qui offre ses ailes

Et éparpille son ombre

Entre les atomes du soupir

L’Amour ne se parle pas

L’Amour emporte

 

 

 

 

L’absence présente ou la présente absence

 

Suspendu maladroitement au labyrinthe qui mène à l’autre rive

Le fil d’Ariane  balbutie le son de cette finitude apaisée,

Brisé dans son cœur jusqu’aux entrailles de mon corps

Séparé en son sein quand tout s’en va à la dérive.

 

Sur des chemins révoltés,

Parsemés de sentiers alambiqués pour un jour tout déposer

Au – delà de la grande destinée, l’en –  deça pour apprivoiser mes doutes

Qui m’observent de toute leur grande allure désinvoltée.

 

L’absence résonne et entonne l’air mélancolique

Jusqu’à la sentir, là, aussi présente que les louanges

Bues avec obédience,

Et,  acculée, aux portes de cette destination désertique.

 

Par cette présence je parcours les cieux de ma peine

Attachée, absente.

Le vent disperse mes sanglots

S’écoulent, murmure qui s’envole dans les contrées sulpiciennes.

 

 

L’être suspendu (quelques maux éperdus)

 

Je voudrais être ailleurs

Une ombre entre le pont et l’eau pleine de soupirs

Qui s’éparpille au milieu des atomes provisoires

Et reflète mes pensées lacustres

Dans le calme incertain d’un ciel peint à la craie

Où s’écoulent les camaïeux de nos âges

Au bord de l’espace du seul grand naufrage

Face à face tout s’efface

L’avant âge

C’est quand il faisait bleu

Et que les souvenirs passaient dans l’iris de tes yeux

En chœur

Dans le corps de tes ans pluvieux

Présage à l’abordage

J’enfilerais l’aube de ma jeunesse déchirée

Par des nuits trop blanches,

Des nuits anémiées d’un  dimanche

Pour glisser dans mes songes abîmés et lointains

Qui éclairent les trous noirs de mon âme défaite

Ravaudée par l’étoffe de mon existence défunte

Une vie de feintes

Sublimement imparfaite

 

 

 

 

 

 

 

 

 ____________________________________________

 

Céline CAVALLETTO  est née 1972 à Metz.

 

J’aime écrire, depuis toujours, et je crois que c’est une façon de s’éloigner de soi – même…

 

Ecrire pour crier, lire pour se délier, rêver pour dériver, voyager pour parfois déménager, … il faut vivre avec gourmandise sans pour autant prendre de poids.

 

Je suis entre deux rives…
Je vis l’antre des rêves…
Je suis dans l’inachevé…
J’hurle en silence pour retrouver cet Amour qui manque à tout Amour…
Et le manque est instructif…

 

Cet Autre, celui qui nous fait Etre, qui nous embarque dans l’infiniment Grand à l’infiniment petit avec tout ce qu’il y a d’espace pour juste se permettre de glisser entre les atomes du soupir…

« On (naît) est peu de choses » (Septembre 2011, Marie – Elisabeth Meyer – Mimi)

 

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