Cécile Oumhani

 

 

(France)

 

 

 

 
9 mars 2011

Aéroport de Carthage, survivant de l’hiver.  Au terme d’un prologue de mer assombrie et de terrasses. Blanc rouillé par des années d’attente. Fils noués, dénoués dans le silence des doigts. L’œil se pose, happé par la certitude du seuil. Gorge étreinte. Pas assez pour déchiffrer l’Histoire récente. Juste cet homme négligemment appuyé qui plaisante avec la jeune femme de la police des frontières.  Avant, on ne plaisantait pas. On avait juste peur. La vie qui ruisselle soudain. Et force les fêlures. S’écoule entre les gestes.  Se faufile dans les regards, téméraire invitée d’un temps nouveau. Obole du sourire offert à tout inconnu, sûr aujourd’hui comme la ronde du soleil.
 

 

 
9 mars au soir

Périmètre du tapis de laine brune où s’amenuise le monde.  Profondeur du lit retrouvé. Reconnaissable entre tous.  L’épaisseur du matelas pour parer le choc du temps. Certitude d’un sol, traversé d’années, de visages et de mots. Le chant de la pluie ne s’y est jamais tout à fait tu. Sombrer. Rejoindre ce qui n’a pas été. Ou plutôt a été, mais sans nous.  A été avec eux, restés sans nous.
 

 

 
Remonter la lisière du drap jusqu’à ces jours et ces nuits d’hiver où ils étaient assis. Sans nous.  Jusqu’aux portes que nous n’avons pas entendu s’ouvrir. La table à laquelle nous ne nous sommes pas assis. Nos couverts d’absents. Si loin dans nos cœurs engourdis. Parfois les mots se rejoignaient et nous ne le savions pas. Egrener fil par fil les années manquées pendant que tambourine à nouveau la pluie loin au-dessus de notre lit.
 

 

 
Le verger enclos de cyprès et de nopals, l’une des forteresses de ma mémoire. Houle des orangers à perte de vue.  Mouvance ininterrompue, infinie. Elle rejoint la course des nuages vers les cimes bleutées de l’horizon. La terre est fine, sablonneuse. Humide, elle s’enfonce doucement sous mon pas. Fluide, le ciel du matin s’en va. Chassé par le vent. Il pleut depuis la Révolution. Un beau présage, dis-tu.

 

 

 

 

 

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Cécile Oumhani est née le 12 décembre 1952 à Namur (Belgique), est une écrivaine franco-britanno-tunisienne. Elle a grandi entre le français et l’anglais, dans un environnement multiculturel. Très marquée par les séjours effectués pendant son enfance dans sa famille maternelle au Canada anglophone, elle a développé une familiarité avec des univers variés : Belgique, Inde, Allemagne, Écosse… Et donc sa rencontre avec la Tunisie à l’âge adulte est venue presque naturellement s’ajouter aux autres facettes de son imaginaire. Très tôt, elle a découvert l’écrit comme un remède à l’absence et à l’éloignement. Son rapport avec les mots s’est nourri de littératures francophones et anglophones abordées dès le début dans leur langue d’origine, développant ainsi un fort intérêt pour ce qui se laisse apercevoir et se dérobe inévitablement dans l’entre-deux langues ou plus simplement l’entre-les-langues. Son dernier roman Le café d’Yllka est sorti aux Editions Elyzad.

 

 

Bibliographie 

Poèmes
1995 : A l’abside des hêtres, Paris : Centre Froissart
1996 : Loin de l’envol de la palombe, La Bartavelle
1997 : Vers Lisbonne, promenade déclive, Encres Vives
1998 : Des sentiers pour l’absence, Le Bruit des Autres
2003 : Chant d’herbe vive, poèmes, avec des dessins de Liliane-Eve Brendel, Voix d’Encre
2005 : Demeures de mots et de nuit, Voix d’Encre
Automne 2008 : Chant d’herbe vive et Demeures de mots et de nuit, traduction en russe par Elena Tounitskaïa, aux Editions Kommentarii à Moscou.
2008 : Au miroir de nos pas, Encres Vives
2009 : Jeune femme à la terrasse, prose poétique, bilingue anglais-français, livre d’artiste avec trois originaux de Julius Balthasar, Al Manar
2009 : Temps solaire, avec des peintures de Myoung-Nam Kim, Voix d’encre
2011 : Cités d’oiseaux, accompagné des monotypes de Luce Guilbaud, éd. La Lune bleue

 

Nouvelles
1995 : Fibules sur fond de pourpre, Le Bruit des Autres
2008 : La transe et autres nouvelles, Collection Bleu Orient, Éditions Jean-Pierre Huguet

 

Romans
1999 : Une odeur de henné, Paris-Méditerranée (Paris) et Alif (Tunis)
2001 : Les racines du mandarinier, Paris-Méditerranée
2003 : Un jardin à La Marsa, Paris-Méditerranée
2007 : Les racines du mandarinier, traduction en croate de Mihaela Vekaric, Éditions Lvejak à Zagreb (Croatie)
2007 : Plus loin que la nuit, Éditions de l’Aube
2008 : Le Café d’Yllka, éditions Elyzad (Prix littéraire auropéen de l’ADELF 2009)

 

Essai
2004 : À fleur de mots : la passion de l’écriture, Chèvre-Feuille Étoilée

 

Collectif
Février 2007 : À cinq mains, nouvelles, avec Emna Belhaj Yahya, Rajae Benchemsi, Maïssa Bey et Leïla Sebbar, Éditions Elyzad (Tunis)

 

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