Cécile Oumhani

 

Cécile Oumhani

 

(France)

 

 

 

Présentation de Max Alhau à l’occasion de la remise

du Prix Européen de Poésie Léopold Sedar Senghor 2015

 

 

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C’est un honneur et une joie pour moi que de présenter Max Alhau,  le jour où  le Cénacle Européen Francophone lui décerne le Prix Léopold Sedar Senghor 2015 pour l’ensemble de son œuvre.  Il est l’auteur d’une trentaine de recueils de poésie et de six recueils de nouvelles, qui ont été récompensés à plusieurs reprises. Son recueil de nouvelles, La ville en crue, a reçu le Grand Prix SGDL de la Nouvelle en 1992.  Trois ans plus tard, en 1995, son recueil de poèmes Sous le sceau du silence était couronné par le Prix Antonin Artaud.  En 2007, c’est son recueil Proximité des lointains qui reçoit le Prix Charles Vildrac. Ses publications aussi riches qu’abondantes ont été saluées à plusieurs reprises dans le passé et nous sommes particulièrement heureux de récompenser aujourd’hui l’ensemble de son œuvre avec le Prix Léopold Sedar Senghor 2015.

 

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Max Alhau poursuit depuis des années son travail de poète et de nouvelliste avec une exigence et un talent aussi grands que le sont sa discrétion et sa modestie.  Il mène sa quête de poète loin de tout ce qui est factice, à l’écart de tout ce qui relève d’une agitation vaine, entièrement dévoué à un chemin poétique empreint d’une réelle authenticité.  Et parler d’un chemin poétique renvoie dans l’œuvre de Max Alhau à bien plus qu’au sens abstrait de ce mot. En effet marches et paysages de montagne, occupent une place importante dans nombre de ses recueils. Et ce thème récurrent nous révèle beaucoup sur la manière qu’il a de vivre la poésie, de  penser et de ressentir ce qu’il semble vivre comme une quête de l’essentiel. Nulle place ici pour ce qui l’éloignerait de ce qu’il s’efforce de saisir du monde et des choses.  Max Alhau est aussi un grand lecteur, attentif aux publications de ses contemporains, auxquels il consacre de fréquentes notes de lecture. Il s’est fait aussi passeur de poésie, en traduisant de nombreux poètes de langue espagnole. Son goût pour la publication de recueils de poésie accompagnés par des plasticiens témoigne, lui aussi, de cette ouverture sur le monde et sur les autres, à travers le dialogue qu’il y instaure avec d’autres formes d’expression artistique.

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris. Il a commencé à écrire des poèmes alors qu’il était en classe de seconde. En étudiant dans Lagarde et Michard les poètes de la Renaissance, il a été fortement marqué par la sensibilité et la nostalgie des Sonnets de Du Bellay. Ces lectures ont été décisives à une époque où il n’avait pas encore été introduit à la poésie moderne et contemporaine. Il a ainsi commencé par écrire des poèmes de facture classique qui, m’a-t-il confié, disaient son mal-être, et son refus de la société. Il m’a aussi expliqué qu’il était alors très solitaire et que l’écriture était devenue pour lui la meilleure façon d’exprimer ce qu’il ressentait.

Puis pendant son service militaire en 1957, il a fait la connaissance de Gérard Le Gouic, alors qu’il était un poète en devenir. Ils publient bientôt tous les deux des poèmes dans la revue lettriste Poésie Nouvelle. À son retour du service militaire, vers 1960 il rencontre plusieurs poètes autour de la revue Correspondance,   Michel Dansel, André Laude et Hughes Labrusse.  C’est alors qu’il fait la connaissance de Louis Guillaume, qu’il considère comme son «  maître ».  Grâce à lui, il rencontrera André Doms, Pierre Gabriel, Jean Rousselot, Jacques Réda, Bernard Mazo et Gérard Bayo. Il reprend ses études à la Sorbonne en 1962 et obtient une licence de lettres modernes. La même année, son  premier recueil publié chez P.J. Oswald, Sur des rives abruptes  sera préfacé par Louis Guillaume.  Il a alors découvert les représentants de la poésie contemporaine et ses principaux représentants, d’Apollinaire à Bonnefoy, sans oublier Rimbaud, Verlaine, Jaccottet et tant d’autres.

À Toulouse où il habite de 1965 à 1968,  il fait la connaissance de Michel Décaudin, professeur à la Faculté des Lettres. C’est sous sa direction  qu’il rédige son mémoire de D.E.S. intitulé Les thèmes et leur expression dans l’œuvre d’Alain Borne, poète pour lequel il a un attachement particulier. Puis de retour à Paris, il prépare une thèse de doctorat, toujours sous la direction de  Michel Décaudin.  Il  soutient sa thèse intitulée Un écrivain méditerranéen : Gabriel Audisio en 1980 à l’Université de Paris III. Il participera à plusieurs colloques consacrés à Louis Guillaume, Georges-Emmanuel Clancier ou encore Pierre Dhainaut. Max Alhau a été professeur de lettres modernes dans un collège de la région parisienne avant de devenir  chargé de mission bénévole pour la poésie à Paris X Nanterre en 1996.

Pendant toutes ces années et jusqu’à aujourd’hui, Max Alhau a été très présent dans la vie de plusieurs revues, comme Verticales 12, revue fondée par Christian da Silva. Il collabore aussi à  la revue Sud, où il rencontre Christiane Baroche, Yves Broussard, Jean-Max Tixier et Jacques Lovichi. Puis il fait la connaissance de Pierre Dhainaut et de Henri Thomas qui l’introduit à la NRF, où il collaborera de 1980 à 2008, avec des poèmes et des notes de lecture.  En 2008, il commence à collaborer à Europe. À partir de 2010,  il publie aussi dans la revue Texture, fondée par Michel Baglin. En 2011, Max Alhau est élu à l’Académie Mallarmé.

Si la quête poétique de Max Alhau emprunte volontiers la solitude des chemins de montagne, il est, comme on vient de le voir, également profondément impliqué dans la vie de la poésie et soucieux de ce qu’écrivent ses contemporains.  Il ne faut pas oublier non plus son ouverture sur une autre forme d’écriture, qui lui chère et dont il est coutumier, puisqu’il est aussi nouvelliste.  Lorsque je l’ai interrogé sur la part des nouvelles et des poèmes dans sa vie d’écrivain, il m’a dit qu’il s’agissait pour lui de «deux mondes tout à fait différents », séparés par une véritable frontière.  Je continue de le citer : « Le premier, chez moi, requiert l’imagination. Il exprime mon intérêt pour l’insolite, voire le réalisme fantastique, bref tout ce que la réalité, l’existence nous offrent d’insolite, les surprises qu’elle nous révèle. » Je n’ai pas été surprise qu’il évoque alors sa passion pour Cortazar, Borges, Fuentes et les auteurs latino-américains. Plusieurs de ses nouvelles sont d’ailleurs situées dans des pays qui, même s’ils ne sont pas nommés, pourraient se trouver en Amérique Latine.

Lorsqu’il parle de sa poésie, Max Alhau nous introduit d’emblée dans ces paysages qu’il affectionne et qui sont si propices à sa quête de l’infini. Pour lui, je le cite,  « la poésie est un mode d’expression de l’intérieur, du moi profond. C’est une vision du monde que j’essaie d’exprimer, l’appréhension de la vie, de la mort, de ce qu’il y a d’universel en l’homme. »   L’image du marcheur incarne superbement sa démarche, en ce qu’elle se poursuit au-delà, de poème en poème, en ce qu’elle est un regard constamment porté sur le monde.  Max Alhau construit une œuvre poétique qui embrasse les questionnements de l’humain, mis face à face avec l’énigme des choses et le silence de l’univers. Il m’a aussi parlé du choix qui est le sien de n’avoir jamais recours à la première personne. On reconnaît là la discrétion du poète mais aussi la dimension d’une quête qu’il n’enferme jamais à l’intérieur d’un destin singulier et où chacun se sent interpellé en tant qu’être humain.  Ce qu’il entraperçoit de versants et d’abîmes sur les routes infinies qui s’offrent à tout marcheur, dès lors qu’il est sur cette terre, appelle sans doute aussi à cet effacement.

 

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Je voudrais maintenant laisser résonner la poésie de Max Alhau à travers ces extraits de sa dernière parution, un recueil d’aphorismes et de pensées, intitulé En bref et au jour le jour :

La lampe qui tremble, ce n’est pas la fin du jour qu’elle annonce mais un autre temps brûlant comme l’orage, comme tant de rêves qui nourrissent nos espoirs.

 

Aux abords de la frontière, un tremblement vous saisit et si c’était après que le voyage commençait, après que l’on pouvait découvrir ces territoires qui seraient comme notre patrie jusqu’alors inventée de toute pièce.

 

Recueille l’inutile, l’impondérable, ces brindilles d’un temps sans conséquence : ta moisson n’en sera que plus riche, lourde de ce qui n’aura peut-être pas été.

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO MAX ALHAU :

 

Poète, Max Alhau a publié une trentaine de livres et a reçu les prix Artaud, Charles Vildrac, Georges Perros et pour l’ensemble de son œuvre le prix Lucian Blaga. Son dernier recueil : Le Temps au crible (L’Herbe qui tremble, 2014) a obtenu le prix Alienor. Il est aussi nouvelliste et critique littéraire : Diérèse, Europe Texture.

 

 

 

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Poète, romancière et maître de conférences à l’Université de Paris 12, Cécile Oumhani est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, recueils de poèmes, nouvelles, romans et essai. Après Plus loin que la nuit paru aux éditions de L’Aube en 2007, elle a publié récemment La transe et autres nouvelles chez Jean-Pierre Huguet éditeur et Le café d’Yllka aux éditions Elyzad en avril 2008. Son écriture aime à investir des lieux et des cultures autres. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits, dont ses deux recueils de poèmes Chant d’herbe viveetDemeures de mots et de nuit tout récemment à Moscou aux éditions Kommentarii. Elle participe à de fréquentes rencontres et festivals, comme en Irlande, Italie, Roumanie, Croatie, Algérie, Maroc, Tunisie…

 

Cécile Oumhani est la lauréate du Prix Littéraire Européen de l’ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française) 2009 pour son roman Le café d’Yllka

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