Catherine Le Gallais

 

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(France)

 

 

Ce qui reste

 

Janvier

L’air semblait vibrer

de gestes, se heurtant

parfois

au ressac

d’un autre geste

 

 

Octobre

Certains soirs,

un parfum de cheminée

 

M’asseoir avec les vieilles ?

Voler dans la nuit bleue ?

Rentrer ?

 

 

Novembre

Tu peux tourner et tourner, faire claquer tes castagnettes, darder sur le sol ton regard enflammé, faire voler de haut en bas ton foulard, fouetter l’air de ta jupe à l’écume noire, ne laisser à nos yeux que le rêve d’un peigne d’écaille, et la pivoine rouge de ton oreille, la combattre de ton furieux orgueil, tu peux cabrer le cou à chaque fois qu’accélèrent les palmas des hommes ; par un frappé de pied tu peux même les redoubler ; tu peux tourner et tourner 

 

ce poignard dans le cœur

tu ne peux l’arracher.

 

 

Décembre

Une main invisible a disposé autour du feu – flamme basse et silencieuse, craquements irréguliers – à droite : une corbeille d’oranges; à gauche : un panier de kakis foncés – presque terre d’ombre –

translucides,

(de leur peau prête à rompre on craindrait que ne s’écoule bientôt une goutte si dense qu’elle en resterait en suspens, comme une trait de peinture plus épais sur la toile).

 

Le feu, que seules deux bûches alimentent, n’éclaire que lui-même.

Provenant d’un vasistas étroit ménagé dans le mur de gauche, la lumière extérieure ne discrimine que vaguement les couleurs et les contours.

 

À y mieux regarder, derrière les oranges, une casserole d’étain contient des châtaignes, une autre des petites tomates qu’une branche relie parfois ; on aperçoit aussi un pot de miel jaune-ocre à côté des kakis.

(pommes de terre, ail, laurier se devinent en arrière plan).

 

La fumée n’est pas entièrement dégagée par la cheminée, l’ardeur obscure du bois pénètre les objets alentour d’un goût qui en assèche, en craquelle, la surface.

(De leur bouche, du creux de leur paume, de leurs doigts, les yeux éprouvent les textures, s’arrêtent sur une écorce orange, un verni châtain,

quelque chose se souvient d’une ancienne fourrure)

 

Le feu crépite,

(un salut réciproque)

 

on s’éloigne.

 

 

 

 

 

 

 

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Catherine Le Gallais est née en 1966, dans un contexte familial plurilingue et pluriculturel. Son écriture essaye de maintenir les résonances des quatre langues qui la traversent. De manière naturelle, les sonorités de ces différentes langues et le rythme du souffle l’ont emmenée à s’intéresser aussi au chant. Elle vit à Paris où elle écrit et anime des ateliers d’écriture.

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