Béatrice Machet

 

 

(France)

 

 

 

TREMBLEMENT

 

C’est un tremblement de tête / des failles dans le cerveau / des rifts au fond de la matière grise / et des flots électriques qui s’emparent d’abord des yeux puis la conscience s’éteint / et les secousses s’intensifient.

C’est dû au tempérament / toujours une forme de débordement suivi du remord / un piqueté d’échardes comme pour faire hérisson / genre ourson mal léché / afin d’égratigner les lettres / un peeling salutaire suivi d’une pluie de pellicules / les peaux mortes sont aux mots ce qu’écailles sont aux vipères /ça fait fourcher la langue.

Ça fait forer et cela soulage les ténèbres et cela rencontre les puits jusqu’aux confluences des écoulements/ tremblé de tête avec dedans l’idée inconsciente de réseau / de delta laissé en jachère avec devant les yeux le lancéolé d’une nage / lancée bien que  retenue par la pression de l’eau / vaguement ovales.

Au rabot à la lime un raclement d’ombres concentrées avant d’exploser au cœur de la nuit dans la tête qui ont des mains jusqu’au sang et des poignets à échanger / à la vie à la mort un nœud fidèle jusque dans le cri à la lisière des paupières /

A la lumière de la soif un troupeau de branches et de ramifications sous le crâne / ne font pas forêt/ pas même buisson pas même pelote (de nerfs).

Quelqu’un me parle avec des yeux qui ne sont pas les tiens quelqu’un dans la nuit flirte avec l’ombre de ma folie/ douce je n’ai pas d’auréole mais cette ombre qui m’accompagne des orbites jusqu’aux tempes là où le sang pulse/ et ça dit toute ma tête est mon corps dans la nuit de ma mort vivante /

 

 

 

IL S’AGIT…

 

Il s’agit de parler et il s’agit de mouvement

Il s’agit de comment voyager dans les mots et de la façon dont ils bougent

Il s’agit de comment nous sommes émus et comment le mettre en voix

Donc il s’agit de comment s’en aller dans un poème

à la manière dont vous pouvez dire que vous êtes à côté de quelqu’un

Ce corps à vos côtés vous pourriez le caresser et il resterait

silencieux pendant que votre geste et posture parleraient

sans trahir le poème

 

 

 

prendre avec

 

puis porté dans une voix

répandu comme l’eau

là où le niveau du sol

est au plus bas

quand les yeux ne peuvent absorber la nuit

car toujours des éclairs dans leurs cieux

quelque chose comme un enlacement

la magie de murmures

cette force défierait la gravité

éviterait aux alliés de l’amour

d’être arrachés

confierait aux ombres quelque chair

quelque chose qui fut pris dedans

est libéré dehors

avec le souffle allant

toujours plus loin que son et voix

ce mouvement signifie-t-il

comme l’étymologie l’enseigne

comprendre

quand pris avec

et sans même y penser

redonné

 

 

 

 

 

 

 

 

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Béatrice Machet est un poète français. Influencée par ses cours de danse elle affirme souvent qu’écrire est encore danser. Elle est la traductrice de plus de 30 poètes contemporains Indiens d’Amérique du nord, elle travaille sur ce thème pour faire connaître cette littérature singulière en France. Ayant d’abord fréquenté le milieu de la science-fiction, elle rencontre à l’âge de 24 ans Jean-Hugues Malineau qui l’encouragera à poursuivre et à publier sa poésie. A partir de cette rencontre, chaque livre édité témoignera de l’évolution de sa pratique d’écriture jusqu’à la performance et la poésie sonore. Auteurs de 12 livres de poésie en français, deux en anglais puisqu’il y a 8 ans elle a osé écrire directement dans cette langue, elle a aussi à son crédit de nombreuses plaquettes et livres d’artiste ; elle est aussi l’auteur et la traductrice de  trois anthologies consacrées à la poésie contamporaine des Indiens d’Amériquedu nord. Elle collabore avec des artistes de toutes les disciplines y compris danseurs et chorégraphes. Elle participe régulièrement aux revues telles que Recours au poème, Sur le dos de la tortue,et participe au comité de rédaction de la revue Les carnets d’Eucharis. Invitée en résidences et dans les festivals de poésie en France et à l’étranger, ou bien elle donne des conférences sur la littérature amérindienne, anime des ateliers d’écriture, elle est aussi invitée à enseigner dans des programmes de crative writing dans des universités à l’étranger (USA et Chine). Son travail est traduit en Néerlandais, Roumain, Bulgare, Albanais, Espagnol, Anglais, Russe et Chinois.

 

Dernières parutions :

For Unity, ASM Press 2015, Les gens-pierres avec le peintre Henri Baviera 2015
Salse Sans Pareille, éditions le petit véhicule 2016
Poésie du dernier souffle, éditions du Frau 2017

 

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