Béatrice Machet Franke

 

 

 

(France)

 

 

 

 

Depuis son ventre arachnéen

l’histoire de ses nombreuses pattes

dévide

secrète des choses

plus ou moins venimeuses

plus ou moins succulentes

un piège tendu    sur lequel rebondit

le langage

               à l’infini sur le fini bout de la langue

               dont on ne sait pas bien la limite

l’histoire  ses réseaux ses mailles son tissu de soi quand le désir

triomphe de la raison

                              salive   sueur  sperme   une débauche d’humeurs

                              à partir du sang

un avoir été d’empreintes      humaines      jusqu’à contemporanéité avérée

un passage sans filtrage     pour faire l’économie du social

Accorder à l’histoire qu’elle déborde

               le récit scientifique

sa vigueur organique plus forte que tous les diktats

et lois de dominants pour se maintenir

au pouvoir dont la vérité ne saurait se

prévaloir  

se recommander de l’être et n’avoir plus à subir les pressions officielles

aussi se connecter en ligne directe avec

le passé au futur antérieur               

                              secrétez secrétez … restera toujours dérobé le temps zéro

                              son obsession jusqu’à rage remâchée ruminée

et la bile me direz-­vous… Son vert pour compenser le rouge de la colère

son aigre craché contre le maigre du fil …  

Vous suivez ?

Imaginez un cocon où

               Parler des mots ou parler des choses

               Comme enlacer les choses de mots au plus près des choses et peaufinant les mots

               Une marée montante de mots à l’assaut des choses

               Ne pas pouvoir se passer de la mer seule voie d’avoir accès

               à la vie secrète

               au récit des origines

               et le ressac en mouvement pourtant

               emprisonne toujours

               met hors circuit

               Et si impossible silence

               dans le fait organique la conséquence

               histoire de vie

               la tension dans le temps et la force du trans-

               fert avec rouille immanquable et transfuge

               vers discorde et danse jusqu’au vertige libérateur

               il n’est plus de chose plus d’objet plus de sujet

               mais une qualité de       dignité intrinsèque      la radiance

               l’inépuisable et sa perte simultanée – renouvelée au détour de la nuit et du rêve au dé-tour au hasard et le coup – parti le doigt sur la gâchette – la main sur le détonateur – extase explosée –

                              séparer les liquides

                              un écart à l’abri des mensonges loin

                              des glandes et des landes

                              une clandestinité de cavité

                              auxiliaire  comme être    comme avoir selon

                              qu’on est passif ou moins

                              ça vous conjugue     ça vous fugue     ça vous

                              cherche un nom – un abord où s’agripper – au réel une option de maîtrise – et même imaginaire – une circulation ça vous donne un élan de conscience

                              que vous la gardiez tue ou que vous

                              la partagiez façon communiqué

                              ça vous presse-ça vous urge-ça vous suinte-ça vous transsude-ça vous coule et dégouline-

                              l’histoire d’être et avoir- l’histoire d’avoir ou être

                              dans le sacré des choses

 

 

 

 

Tout

 

               reste à dire et à défaire les paroles toutes hardi en avant prendre le parti

des choses

               un pari sur l’épaisseur

 

suffit d’un œil contemplateur devant lequel  protestant

                              l’objet appelle reconnaissance de

qualités

               sont-elles internes sont-elles intrinsèques     sont-elles sémantiques  ou

symptomatiques ces matériaux ces mots      pour fonder l’équivalence

                              un parti pris pour un compte tenu     et   l’absurdité en poussière                             irisée

                              dans la lumière irrationnelle dans l’or dès

lors qu’un rapport au monde ignore les théories les

                              sentiments les idées qui tournent en un manège inapproprié

 

Tout reste et se transforme selon l’objeu et l’angle d’incidence et

l’on a beau faire

               l’interminable se poursuit  l’inachevable s’accomplit au long cours de l’haleine et

               variations de répétitions pour l’objoie

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Béatrice Machet Franke : poète et touche à tout (danse, peinture, théâtre) traductrice des auteurs contemporains Indiens d’Amérique du nord, performeuse, conférencière (spécialiste de la littérature des Native American). Vit entre les Etats-Unis et la France, va de résidences d’artistes (en France) en « visiting fellowship positions » dans des universités (à l’étranger, actuellement université de Macao, Chine). Collabore avec des artistes de toutes les disciplines, donne des récitals poétiques, crée et bricole des livres objets. Anime des rubriques dans les revues littérature et de poésie, sur papier ou sur sites internet.

A participé aux festivals de Rodez, Lodève, Namur, Expoésie, les petits toits du monde, Aurillac, Mouans-Sartoux, Scriptroad festival (Macao, Chine), Bates international poetry festival (Maine, USA)… Traduite en Bulgare, Roumain, Espagnol, Albanais, Anglais, Chinois, Russe. Ecrit et publie sa poésie également en Anglais (ASM Press).

Articles similaires

Tags

Partager