Béatrice Bonhomme-Villani

 

(France)

 

 

0ctobre, Toussaint 2009

 

 

Cluis me fait redécouvrir l’automne.

 

Il y a des avancées de feuilles mordorées.

 

Des cosses de châtaignes en forme de petits oursins.

 

L’enveloppe des noix est pourrissante comme une vieille pelure couleur noire très foncée qui part en filaments et laisse sur les doigts un sillon vert sombre.

 

Une noix très blanche et neuve, au goût âcre, se cache au centre de l’écorce.

 

On a envie de faire couler l’eau fraîche.

 

La vigne vierge est si rouge par endroits qu’on croit à un coup de pinceau passé à la va- vite sur les façades.

 

Quelques marronniers éclatent dans les virages annoncés par un brasier jaune.

 

La terre ne porte que des éteules.

 

On sent l’odeur de pierre et de glaise.

 

Dans le village, lorsque le soir est tombé, des chrysanthèmes couleur rouille entourent le magasin de fleurs.

 

Autour de la fontaine, la mousse verdie bouillonne.

 

Les pommes véreuses couvrent les fossés.

 

Les potagers qui ont donné des radis, des navets, des tomates, il y a encore trois semaines, n’ont pas résisté au gel. Les choux ont poussé en hauteur, ils sont bleu-noir et mangés de chenilles.

 

Une toute petite tomate pourrie orangée témoigne que c’est bien un plant de tomates dans lequel les pas s’enfoncent.

 

La glaise a regagné son terrain apprivoisé le temps d’un été.

 

Nous avons déposé le chrysanthème sur la tombe.

 

Mon père aimait bien cette couleur rouille et il aurait su peindre ces couleurs automnales des sous-bois.

 

Il m’a laissé un paysage qui éclaire d’un trait de lumière les forêts de Cluis.

 

J’ai accroché le tableau sur le mur en face de mon lit.

 

Lorsque je me réveille, je vois la lumière.

 

Sur le sentier, une chenille paresse sur la route, elle est faite de velours doré.

 

La pierre du château de Cluis-dessous est beaucoup plus visible qu’en été. Moins brouillonne, plus nette et claire.

 

Le village sent le feu de bois, le cidre et le jus de pomme, les châtaignes grillées.

 

Des ouvertures de feuilles font deviner des clairières embrasées.

 

Un petit pont de pierre traverse la Bouzanne.

 

Le lavoir désaffecté laisse couler sa source.

 

Certains moutons paraissent presque verts, couleur d’herbe et des vaches grises, très laineuses,  nous observent en soufflant.

 

Les animaux sont laineux dans les champs et se préparent à l’hiver.

 

Le matin, les champs sont déjà blancs couleur de givre et le brouillard reste tard avant que le soleil ne le gomme.

 

Dans les brasiers clairs de l’automne,

 

Cluis me réapprend la terre.

 

 

 

 

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