Béatrice Bonhomme-Villani

 

Fleurs marines

la femme vient de la mer

l’amour de la mer
et crée l’odeur des
embruns

la grande marine
aux marées basses
dans la chevelure des
varechs

la chevelure de la femme
déposée sur le sable des plages

la mer est semblable à l’amour
au goût de sel sur ton corps
blondeurs lourdes des châtaigniers
écartelées en tes varechs

la houle est celle de tes bras
et pénètre le corps des mers
dansante au bord de tes rivages
courante, respiration coupée
dans le couteau aigu d’une lame bleue

l’amour est semblable à la mer
par l’odeur aiguë éternelle du sel blondi dans tes cheveux

la mer coulante, cueillie dans ta coupe,
arrosée de ta bouche,
salée d’un corps à prendre,
inanimée, noyée sur la chevelure pâle
effrangée des embruns

la mer est pleine, bleue d’odeurs
amour acidulé de cerise et de pêche

la mer est un potager bleui de pourpiers
goût d’amour, de coquillages,
de citron et de chair mouvante
aux lisières rétractées
où frappe le pouls de la houle

 

 

Daniel Vicol

 

 

La Chevelure de Bérénice

1
Le chant des constellations
dans la chevelure des astres de Bérénice
le chant de la voûte céleste
des oiseaux peints en plein envol
sur la façade des châteaux
l’envolée des étoiles
dans la chevelure bouclée des astres

2
L’ironie des nébuleuses dans le sourire de Bérénice
Inscriptions aux tables immémoriales
sans marque de règne
le règne de Bérénice
qu’elle en vienne à la sauvagerie,
petite princesse
perpétuer la mémoire des signes
de l’enfance à la mort
dans le royaume de Bérénice

3
Stèle orientée en miroir de glace
dans son profil de reine d’Egypte
son œil de princesse juive
de Cléopâtre à Bérénice
sur son petit livre en images

4
L’envol d’un cape
sous le tonnerre des chevaux
escrime d’un rêve de folle
coup de lune ou pierre plane
pour exprimer l’invisible
qu’elle soit le lieu du mystère
le joyau de la mémoire
et perpétue l’illumination

5
L’envol que prend le cheval
la foulée du corps et de l’âme
en harmonie de scabieuse
l’horizon rouge à la bannière de ses quinze ans
la pluie pour escorte
l’influx clarificateur du ciel
pour ses yeux décillés d’étoiles
les longs cils de Bérénice

6
Le sable cédera sous le galop de toi, folle
l’hallucination de ton regard profond
Les ors de tes cheveux sont lavés par la pluie
dans le rouge, l’auburn de l’enfance
éteints par les soleils

elle regarde le soleil en face
là où se brûle la vie en plein

7
Pierres mémoriales du sourire
l’hallucination qu’est le regard prochain
Toutes les boucles chargées d’or
comme les tombeaux des pharaons,
les nefs chargées de lourds trésors
dans l’ivresse sans nuit de l’enfance
tu frappes à la porte secrète
là est l’eau pure et profonde

8
Collusion orientale de tes regards
ouverts
où vibrent et disparaissent
les châteaux de l’enfance

je la vois comme un paysage de brume
éclairé d’un soleil noir
nuages de ses cheveux fixés dans la pierre

et son regard est pensée de la pierre
elle appelle la faille de sa fragilité

9
Libellule bleuie dans les trouées de l’herbe
les berceaux de tulle, les rideaux de navire
elle vole dans ses vertiges fixés

j’ai posé mon visage contre son épaule de lin
là où s’étoilent ses gestes de dentelle

10
Dans sa chevelure de silence
dans l’amour fou de son nom
le nom caché de Bérénice
sur les tables des constellations
dans la chevelure des étoiles
je l’appelle Bérénice.

 

 

Les chevaux de l’enfance

Toujours bleus, et toujours ils reviennent les chevaux de l’enfance pour t’amener, te ramener aux fonds baptismaux de la mort, dans le linceul de la mort.

Et toujours sur le mouvement ample de leur dos, comme le rythme, le soulèvement de la mer, dans une naissance.

Sur le bercement ample du rythme de leur dos, allongé sur la vastitude des vagues, et toujours ils reviennent les chevaux de l’enfance, l’ampleur létale de leur dos, l’ampleur délicieuse et l’écume des vagues, ils reviennent les chevaux dans le vert de l’enfance, les prairies préservées, couchées à la lenteur majestueuse de leur dos et ce mouvement d’amplitude, ils reviennent.

Ce n’est plus le rythme fou des pulsations du désir ou d’un coeur mais juste le cercle que fait une étoile avant de s’endormir, et la vision rythmique d’un silence habité avant de s’endormir, avant de fermer les yeux.

Ils reviennent au centre des blés, le mouvement dansant du vent au centre du blé, ils reviennent comme toujours doit revenir le temps, comme retourne sur lui le cercle des douleurs.

Ils reviennent dans la douleur frontale des matins de jasmins où jamais ne s’oublie l’enfance. Là où l’on s’endort sur leurs deux épaules enfin réconciliées, ils te transportent à travers la transparence d’une matière, au linceul immatériel, les deux chevaux de l’apocalypse – ils ne sont plus que deux–, eux enfin réconciliés, désunis par le désir et réconciliés par la mort.

Ils se retournent vers moi les chevaux de l’enfance, leurs naseaux bleuis écarquillés de vent et ils inhalent la mer et ce soleil plus bleu. Ils plongent au creux des vagues de leurs reins vers le sillon ample de l’enfance.

Et ils forment le cercle d’une danse, les chevaux aux naseaux écarquillés de vent, pour te prendre sur leur dos et te ramener aux lenteurs des silences dans leur dos d’accueil et de mort.

Ils reviennent et s’étoilent les chevaux de l’enfance, ou bien la laine filée sur l’écheveau.

L’écheveau de la Parque t’attrape par les cheveux, et te file et coupe le fil, le fil des mots de la parole, le silence d’accueil, un diamant sur le mouvement rythmique d’une mort pulsée bleu.

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