Anne-Marie Bernad

 

 

 

(France)

 

 

 

 

SIGNE D’UN CRI

 

La main vit
des heures de larmes
portées par le silence
de ceux qui n’osent plus le mot
ni le corps des nuits
où le froid s’impose

 

Prendre à la vie
le rêve en creux
le poids à fendre le regard
et donner
à l’instant
le ruissellement du verbe

 

Plus loin le ressac de la terre
à l’orée de la falaise
le vide blanc des lagunes

 

Des rites obscurs
s’ajoutent à la mémoire
s’étonnent du rien
nous prenons dans la poussière
le regard
qui peut ouvrir
l’essentiel

 

Demain sera peut-être
et le soir ne dit rien
emporte le jour et la neige
il y a dans ce complot
un passage
de lune à l’autre étoile
de lui à moi
toute une nuit
à écouter

 

Ecrire le ressac
des lettres invisibles
pour engendrer la sente
d’une autre loi

 

Les mots
saxifrages de feu
tirés des profondeurs

 

Puisse la paix des marges
s’accorder au silence

 

Retenir dans un choc
la faïence cassée
d’une respiration

 

Dans la rencontre
l’immobile dilaté
la transparence
emportent l’accompli
le rien se penche
pour deviner l’obscur

 

Brûler d’un mot
atteint à force d’esprit
jusqu’à l’intensité d’écrire
l’espace nu
d’une vie offerte

 

L’origine du nom
se déchire
s’enfonce
dans la chair désarmée
silence froissé
amertume du pourquoi

 

Le sol ne suffit plus
ni la feuille qui tremble
jaillir
de notre déchirure
naître du jour

 

Nous sommes déjà là
prévus ailleurs
avec un nom de source
aux rires d’enfants seuls

 

Le jour s’arrache à l’eau
et l’épine au visage
le sang des chemins
un pas de glace
déchire la terre
l’espace creuse le froid

 

Feuilles ouvertes
dernières lueurs
avant la peur obscure
des prédateurs du soir

 

Goutte d’eau silencieuse
où commence l’humilité
fraîcheur de l’autre
la transparence
ce peu
oubli de soi

 

Pose ton regard
en ce lieu
d’ombre et de lumière
où l’homme trouve
l’espace
pour créer

 

Espace
moments libres
d’âme sans limite
secrètes visions
des mots

 

Surgir
du commencement
seul
vol éphémère
des funambules
de l’être inondé

 

La parole habite et ne peut dire
l’immobile
riche de son silence

 

Tu m’as donné
les murmures de celle qui règne
en celui qui écoute
cette voix autre
soudain avertie
de l’urgence d’être

 

Le soir ivre de neige joue la page perdue
innocente clarté
le vaisseau spatial de l’affiche
inaugure le rire
enroule l’enfance
s’écroule au sommet de l’événement

 

Nous n’avons que le matin
pour saisir la transparence
du premier mot

 

Etre
d’un autre jour
fil de lumière
commencement
cette page nue du regard

 

Premier regard
rencontre
de l’esprit et du mot
où la lumière glisse
fragile
il suffit d’un tremblement
pour que s’écroule
l’inédit

 

Sorti de l’ombre
d’un clavier noir
aux lettres éparses
le jour se mêle
au désordre intérieur
le mot est mort
à la naissance

 

Quintessence
le poids suscite la force
dans la souplesse
première lueurs
du mot neuf
bouches limpides
aux sources inconnues

 

Temps au regard vide
d’une rue
d’une fenêtre noire
innocence hurlée dans l’inutile
le drame sans un mot
concert anorexique
rire enfoui
tournant du rêve
la galaxie de l’être s’entoure de l’étrange
l’essentiel se concentre
il peut naître du noir et du blanc
une silhouette

 

Ce fut le jour
lorsque la rue montra ses lèvres
le bleu comme un regard
existe dans l’instant
fugitif
brûlé de pleurs
à mots ouverts

 

La main vit
des heures de larmes
portées par le silence
de ceux qui n’osent plus le mot
ni le corps des nuits
où le froid s’impose

 

Prendre la vie
le rêve en creux
le poids à fendre le regard
et donner
à l’instant
le ruissellement du verbe

 

Plus loin le ressac de la terre
l’orée de la falaise

 

le vide blanc des lagunes incertaines
soulève la déferlante
renaître

 

Nous revenons
des cris lointains de l’urgence
pour emplir
mais le silence brûle
des lichens de plaisir

 

Des rites obscurs
s’ajoutent à la mémoire
s’étonnent du rien
nous prenons dans la poussière
le regard
qui peut s’ouvrir
à l’essentiel

 

Pour un laissez-passer
nos yeux à l’intérieur
éclaire l’essentiel
de ce qui nous regarde
ouvre dans le silence
plusieurs lambeaux de chair
il y a des gestes de langes
près de la lumière

 

Nous n’avons plus le temps
le mur n’est pas loin
encore ton bras serait une lagune
pour vivre l’eau
les heures se glisseraient
où nos corps se réchauffent
et des langues de feu suffiraient à l’esprit
paroles éteintes en nos mains enlacées
le matin sourirait au miracle
mais le rêve
dans les creux d’une mer
porte la chair des roches
il suffirait d’une goutte brutale
pour que s’installe
le regard

 

Peu d’espace
jusqu’au soir
descente de l’aile
l’œil jusqu’à la présence
le cercle de l’âme
dans le silence

 

Abandonné au règne des proies
le murmure du jour
éclaté
les bras en croix
doucement enseveli par les mots

 

La force guette
la source qui descend
l’heure donne à l’eau
un pouvoir de lumière

 

L’esprit porte
un chair semée d’empreintes
où la couleur s’effondre
crépuscule des mots
goutte à goutte une aube
à tire d’aile
remonte le temps

 

Partage
au point le plus haut où l’espace meurt
à partir seul

même la mort s’invente

 

Jamais le jour
arc sans ciel
rouge d’une écriture
l’invisible surprend
l’immensité se pose

 

Sur les joues tièdes
l’absence sculptée
empreinte du commencement
traverse le regard

 

L’ombre des mots
flot intérieur
passage éclaté
métallique
d’une parole inutile

 

Mot
inédit du silence
l’espace troue la mémoire
lune ouverte au centre de la toile

 

La peur s’incruste
mère obscure
d’une enfance ficelée
la nuit se vide
déjoue le mal
elle dort

 

Langue des sources
à contre courant
l’amour dans la fascination
épuise le regard
d’ecchymoses mortelles

 

Pauvre
l’affamé du divorce
désaffecté du rien
croisade rituelle
mouvance des sables
au seuil des lèvres entrouvertes

 

Laissé à la neige
aux cintres du ciel
l’œil froid
balance le regard
remonte dans le sang
jusqu’au rein

 

Craquer la soif nu
dans sa main libre
sans parler du secret
rouge de l’inconscient
d’enfance dépeuplée
de draps déchirés
d’écume

 

Le bleu du regard
ce rire qui tranche la nuit
au bord de l’âme
il fallait souffrir le peu
imaginer l’horreur
se vêtir de cendres
et descendre
rire pour effacer
et rire encor

 

Quel songe
agite nos nuits de guerres froides
alors qu’au loin râle la paix
quelle explosion fait éclater la rose
le soupir de l’homme
peut-il éteindre le feu
recevoir l’étreinte
s’enrubanner d’argile douce
poser le temps

 

Dans le cri
la lumière s’offre un paysage
brûle la douleur
vie et mort s’enchevêtre
venu d’ailleurs
les mots d’une main nue
posent leur innocence

 

D’un monastère
peut surgir le brouillard
noué par le désert
à bout d’esprit
le corps semé de sable
proche du peu
l’emporte

 

Craquelure
fondement d’un visage
consumé par le temps
prolongé plus loin que la lumière
aux accents d’un ailleurs

 

La vie se mêle à l’immortalité
suinte avec le jour
se souvient et engendre

 

Le sol serait ami
si l’ombre se dissipe
le mur s’approche
parfois cruel
le moment s’octroie la peur
dans la frilosité du temps

 

Donner sens à l’ombre
aux feuilles d’un geste
qui plaque au sol la dernière écriture

 

Ardoise au soleil
la voix forge des vitres éblouies
le gris des mémoires
fracture l’espace

 

Parole autre
regard cassé
intervalle mouvant
au pied des strates
le sable

 

Au plus haut
la croix girouette
murmure l’émotion du vent

 

Ce qui remue en soi
parle d’un visage pauvre

 

Ne plus être
cette force
de l’eau qui court
mais un commencement
où respire l’abondance
de celui qui aime

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________________

 

Anne Marie BERNAD née à Decazeville résidant à Rodez

Membre de la Société des Lettres de l’Aveyron et trésorière pendant dix ans des Ecrivains du Rouergue à Rodez

A été reçue au Théâtre d’Aurillac ( 15) avec Claude BARRERE pour un témoignage poétique, ainsi qu’au club de poésie de l’Institut Catholique de Toulouse

A collaboré à la revue Loess et à la revue du Rouergue

Prix Voronca en 1973

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Œuvres Poétiques :

Les mots tombés – Verticales 12 – 1970 – Epuisé
Signes du matin –Plein Champ – 1971
Entre sable et argile – Subervie 1973 Prix Voronca
L’envers de l’arbre – Verticales 12 – 1976- Epuisé
S’eve – Subervie – 1980 Epuisé
Cîmes sera demain – Chambelland – 1987 Epuisé
Multiples N°48 – 30 Poèmes – 1993 – Epuisé
Reviens à l’innocence – l’Harmattan 2009

 

ESSAI :

Le mot et la parole -2000 Edition Clapas

 

REVUES :

Multiples N° 50-51
Friches N°10 et en 2010 n°104
Souffles N°180
Lieux d’été
Anthologie des poètes du Sud Ouest
Encres Vives 200eme
La revue du Rouergue
Le journal des Poètes (Bruxelles)
Présence de l’Ouest
Poésie en Rouergue Rougerie
Franche Lippée N°178 Clapas
Soi Disant N°16
2004 Multiples N°65
La revue du Rouergue 2007
Feuille N°4 Wald
L’Arbre à Paroles 2009 N°143
Multiples 2009 Anthologie n°75
Filigranes 2010 n°76
Phoenix 2011 N°3

 

Traduite en ROUMAIN dans la revue ARCA n°1-2-3 en 2001
et dans la revue POEZIA, éd. Fundatia Culturala N°3 en 2002

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