Anita Rutili


 

 (France)

 

 

 

AVEC LES GUINOLS

 

Avec les guignols, vois, tout s’en vient

On distribue la purge et l’on prend des coups

Le courant quand ça passe plus, raconte pas ta peine, crie

Hurle plus fort, colère, frappe, dénonce et crache ton mal

 

Avec le pantin

Avec la mariole, fini, tout s’en fini

L’autre qu’on ignorait, qu’on jetait sous la menace

L’autre qu’on accusait au détour d’un mépris

Entre les lâchetés, entre les délations et sous le poids

D’un pouvoir gluant, qui s’en fripouille à vomir

Avec l’ignoble vaurien tout à l’égout, jette

 

Avec le bouffon

Avec le despote, passe, tout trépasse

Même les plus forts désirs ça t’a un de ces relents

A la comédie de la trouille, dans les dédales de la chienlit

Le vendredi minuit, quand la bassesse s’encanaille, vil     (ou infâme)

 

Avec cette soif

Avec le pouvoir, nourri d’éphémères

Celui que l’on déifiait pour une chimère une faiblesse

Gueux à qui l’on gavait de miroirs et de riens

Pour qui l’on eût saigné ses tripes pour une tune

Hyène, dans les bas fonds de la magouille

Avec les dictats, s’efface, tout devient gangrène

 

Avec le vécu

Avec le réel, vois tout se perd

On enterre les démons et l’on jette nos illusions

Qui vous parlaient tout bas de l’espoir de naïfs couillons

Ne ricane pas trop fort surtout, ne te tait pas

 

Avec la vie

Avec nos désirs, s’évanouit tout s’évanouit

Et l’on se croit grignoté comme un parchemin vermoulu

Et l’on se détruit dans une idée figée

Et l’on saigne par les utopies abandonnées, alors

On se secoue de cette peau de mensonges

Et l’on renaît de ses cendres, dans un souffle de vie

 

Tête roule

Eau coule

Arbre saoule moi

Siffle

Gifle

Terre, enterre-moi.

 

Gorge racle

Voile claque

Vent puissant plaque moi

Renverse

Bouleverse

Glace, glace-moi.

 

Rire passe

Joues lasses

Foudre casse moi

Allume

Consume

Flamme, enflamme-moi.

 

Enflamme mes sens

Glace mon sang

Ma vie enterre.

Le crayon philosophique

 

Sur la page blanche

je me suis mis à penser,

penché.

Page blanche

penché

j’ai des pensées.

 

Page blanche,

je suis penché

à penser.

Sur la page blanche

penché

j’ai des pensées penchées.

 

Page blanche,

A penser penché,

à m’épancher,

j’ai penché

pour ces pensées penchées.

 

Page blanche,

penché sur des pensées penchées

à penser m’épancher,

trop penché,

je n’ai plus pensé.

 

Page blanche,

sans penser

et sans pensées

mais penché,

hélas

je ne suis pas pensée.

Je ne suis que penché.

Pensez donc penché,

penché,

rien que penché.

 

Page blanche,

mais penché…

changent les pensées.

Les pensées changent penchées.

Et penché pour penser ?

Changez…

Pensez pencher

pour changer les pensées.

 

 

 

 

Le baiser

 

Se jette  dans le vent

En écho à la lune

Tambourine à plaisir

Au djembé de nos cœurs

Au terme d’un sourire

S’évanouit en brume

Pour renaître aussitôt

Embaumé de lueurs

 

Le baiser

Se complet à claire- voie

Au sonnet du regard

Agite ses reflets

En ricochet soyeux

Au détour de  l’image

S’illumine sans fard

Et rougit aussitôt

A visage joyeux

 

Le baiser

Se roule sans vergogne

Au jardin de la mer

Bouscule l’infini

En palabre d’odeurs

Aux confins des ténèbres

S’embrase enfin de chair

Pour revivre aussitôt

D’immortelles langueurs

 

Le baiser

Se brise consentant

Au toucher de la joie

Déplace les abîmes

En gestes  galactiques

Aux abords du miroir

S’alanguit dans la soie

Et insuffle aussitôt

Des volutes féeriques

Le baiser

Se dévore sans fin

En replis de murmures

Attise les étreintes

Au vestibule des sons

Au travers de son voile

S’inonde de blessures

Pour gémir aussitôt

En multiple rebonds

 

Le baiser

Se coule à la criée

En feux follets d’amour

Accroche au clou son souffle

A la nuit de nos âmes

Au plus près de la terre

S’esclaffe sans détour

Et partage aussitôt

Les blondissantes flammes

 

Le baiser

S’enivre de son goût

En de labiales fresques

Incite à la folie

Au mythe de Satan

Du rituel sacré

S’échappe en arabesques

Et sanctifie enfin

La vielle des amants

 

 

 

 

 

L’an 1.

 

Coucou

Lune petite et curieuse

Ciao ciao

Petit cailloux lisse à souhait

Comme tu es grande

 

Mes mains sont là

Voilà mes pieds

 

Bravo

Petit bijou mouillé

Danse danse

Source rieuse et ravie

Frotte et lave tes mains

 

Mon ventre est rond

Voilà mon nez

 

Non non non

Croissant de lumière

Chante chante

Canaille ensoleillée

Ecoute le chant du monde

 

Je grimpe au premier

Voilà voyez

 

Assis debout

Cadeau de bonheur

Pot de chambre bleu

Hymne à la joie

Trottine et pousse ta chaise

 

Je prends l’aimant

Voilà collé

 

Manina bella

Coquille rose et cuivrée

Ma tête ma tête

Colline aux yeux de braise

Le pouce est tombé dans l’eau

 

Mon lait je file

Voilà maman

Dis ? J’ai un an

 

 

 

 

Mangue d’or

 

Mangue d’or endormie

Sur toi replie ta fièvre

Prends du repos beau fruit

La peau retient ta sève.

La chair de satin rose

Doucement se flétrit

Le voile se repose

Sur ta perle jolie.

La dentelle mouillée

De tes ondes frémit

Le rose auréolé

Lentement  s’alanguit.

Fier aiguillon d’amour

Saillant dessous la source

Prends du repos ce jour

La falaise  de ta falaise

 

 

 

 

J’aime d’un premier amour

 

D’elle à elle, beaucoup d’autres

mais elle …

Sœur d’amour

Amoureuse de la même source

Amie, amante, sœur, tout

Étrangère, jamais.

Ricochets sur un triste visage

Femme qui pleure

Regard de chien

Mésalliance

Visage sensuellement dur.

La ville, les rues

la peau des gens

éclats de dents,

leurs yeux, symphonie du monde.

Folies sensuelles,

Picotements de sève

Caresses coquines diluées par la faim.

J’aime d’un premier amour

Je refais l’amour avec un premier amour.

Rajeunissant

Petite fille experte mais pucelle de

Tant d’ans.

Virginal sentiment

Fausses pudeurs

Touches magique ondes effervescentes

Regards simples.

Maîtresse d’amour.

Gestes, baisers, envie d’amour, tout,

Liée et libérée.

Je m’appartiens…, dépossession, envolée

D’écrous inconscients

Irréelle finalité.

Mamour, mamie, madone

J’exulte ta musique

Pucelle aux milliers d’enfants

Putain sans amant

D’ici, d’ailleurs

 

Semence à tout vent,

Danger imminent.

Complaisante pouliche

Vision des bourrasques

Larmes au coin des yeux

Dans le fond des yeux

Puissances de mes sens

Energie de mon cœur

Toutes les folies.

 

 

 

 

DANAE

 

Allongée au plus près de la terre.

Reste, reste.

Lovée dans l’humidité des feuilles amoureuses, pressées collées.

Ne bouge pas.

Lourds parfums.

Capiteuses langueurs.

Souffle rythmé de bruissements.

Tu es femme- arbre.

Tu es mousse boursouflée de sève.

Reste encore.

Les nuages  se poussent, se bousculent et basculent.

Murmure croissant.

Au cœur de ton abandon, le diaphragme de la forêt se soulève.

Vibre, vibre maintenant.

Et crie.

Crie.

L’eau peut tomber.

Plus vite.

Doit tomber.

Plus vite.

Ruisseler sur tes jambes- racines.

Ta peau terrestre.

Allongée, reste allongée.

Tes yeux dans la terre.

Ton dos, vase ouvert devient canal ruisselant.

Accepte ton destin avec candeur.

Désordre, le désordre.

Imminent.

Gouttes de pluies qui tombent en oiseaux.

Colombes d’abord,  va – et – vient.

Et brutalement frénésie d’oiseaux de proie.

En va-  et – vient, frénésie.

Le magicien des vents pleure.

Divague et sanglote.

Accélère et sanglote.

Accélère encore et déverse soudainement tout son intime chagrin.

Femme- poche, absorbe le liquide divin.

Femme –pain, la mie de ton ventre s’attendrit.

Canal de boue.

Dans cette boue, jappe, femme – chien.

Ajuste ton corps à la cohue.

Gaïa  t’appartient.

 

Largement ouvert entre les taillis, mon œil en diagonale te lape. Homme- faim.

Je suis homme- faim.

Tu glisses au bord du petit lac.

Ta fougue dévaste mon œil.

La forêt respire avec aisance.

Une brume colore le lac.

Je me redresse et soupire.

 

 

 

 

Cécile

 

Je cours, je respire  je danse

J’engrange des mots

Ils tombent de ma mémoire

Je

Tu

Il

Elle

Je, tu, il, elle,

Voyons, vois-je

Je, je…  je- je- je

Nage rage voyage

Sage page voyage

Nuage cage voyage

Mage sage nuage voyage

Sage page

Rage chantage

Dérapage

Saccage

Lynchage

Je, tu, il, elle,

Voyons, changeons, prenons ce tu,

tu, tu, têtu

Tais

T’es têtu

La tétée tait

Têtu, tu te tais

Têtu t’es, tu t’es tu

Tu te tues

Turlute

Tu reluques

Lutte

Luttes-tu

Tu, tu

Un tutu

Danse

Danse tutu

Danse

danse

 

Et jubile

Danse fit il

L’ultime

et il vit l’île

 

vit l’île ainsi que le Nil

vinyle

sublime vénielle

il aime l’elle

il n’aime que l’l

il l’aime elle

subtile

la vénielle elle

le label, la belle

silence

les belles affolées

duel élan de vol pastel

demoiselle

professionnelle

alanguie elle alla

trop belles lèvres

truble

trouble truelle

allée

seule

avec elle elle alla

si belle

folle révélée révoltée  et réelle

appel

pelle  et rappel

téléphone

virtuel hôtel

aile et sel

mal à l’aile

elle a mal, elle hèle

mutuelle a mal au mâle

telle qu’elle

ailée

originelle élargie nous

originelle élargie

nous

nous c’est si doux

les nous

les nounours

les nounous

nous c’est trop doux

suivi du vous c’est beaucoup

 

vous c’est trop

vous, aie

envie ravie

vous à l’ail, vous aillé

vous aie, hé, vous zélé

vous a y est

voyez !

vous c’est beaucoup

et puis vous , pourquoi pas tu ?

vous c’est trop, vous c’est assez

assez

assez

et il au pluriel, ils

ils qui sont ils ?

que font ils, il et elle ?

il est elle, elle est il

des ils  et des elles

des îles et  des ailes

des ailes des ailes des ailes, des ailes …

 

je me suis tue

il a des ailes divines, divines je vous l’avoue

que ferons-nous, chère

Cécile, de tes ailes ?!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

__________________________

Anita Rutili est professeur d’Éducation physique. Elle adore la musique, la danse et la poésie.

Devise : Si le devenir de l´enfant est une de mes préoccupations, la situation de la femme dans cette société d´homme, loin d´être réglée, en est une autre. Je danse et chorégraphie, pratique l´écriture, un art qui sommeillait en moi et s´harmonise aux deux autres.

Dans mes textes les mots dansent et s´animent avec autant d´aisance que les corps. (Anita Rutili)

 

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