André Pascal

 

 

(France)

 

 

 

L’écrivain et le philosophe

 

Albert n’était pas un écrivain comme les autres. Henri n’était pas non plus un philosophe comme les autres. D’un certain côté ils étaient faits pour se rencontrer. D’un autre, ils étaient tellement semblables qu’ils n’avaient pas besoin de se parler.

 

Au fur et à mesure que Albert grandissait, Henri vieillissait. Le premier découvrait l’enfance, le dernier se la rappelait. On dit souvent que les vieillards redeviennent enfants ; qu’ils se comportent comme des enfants. C’était comme si Albert voyait tout pour la première fois, Henri voyait tout comme si c’était pour la dernière fois. Les deux extrémités de la vie se rejoignent : naissance et mort donnent lieu à ce qu’on appelle le mystère de la vie. Mais pour Albert et pour Henri la vie n’a rien de mystérieux car venir d’exister et avoir existé sont sa définition même. L’homme est né pour penser parce qu’il a été pensé et parce qu’il a pensé. C’est le devenir même de l’humain.

 

L’écrivain devenait adulte. Le philosophe devenait vieux. Mais que signifie « devenait » ? Cela signifie vivre. C’est le corps, « les pauvres corps » qui sont concernés par le « devenir » et non pas les âmes. C’est le corps qui est dans l’âme et non pas l’inverse. L’âme a besoin d’un corps pour exister ; pour durer ; pour vivre enfin. On parle de l’immortalité de l’âme car chaque âme aspire à être universelle. En réalité, l’âme universelle est la somme des âmes individuelles. Il ne doit pas y avoir de lutte des âmes individuelles ici bas puisque chaque âme a son rôle dans le devenir de l’humanité. L’humanité est comme un enfant qui devient adulte pour ensuite devenir vieux.

 

Si les bouddhistes pensent que les hommes sont susceptibles de se réincarner en animaux c’est que le vieux peut redevenir enfant. L’animal vit, souffre, se réjouit comme nous. Alors de quel droit lui retirerons-nous la possibilité d’avoir une âme ? Et qu’est-ce que l’âme si ce n’est « but infinite individualisation of Himself » ? Qu’est-ce que l’âme si ce n’est ce qui nous relie à l’universel ; ce que nous permet d’aimer ; de souffrir ; de nous réjouir ; de vivre enfin ?

 

Albert se posait de plus en plus de questions alors que Henri essayait d’y répondre. Albert pensait à l’homme révolté et au premier homme alors que Henri s’occupait de l’évolution et des sources de la morale et de la religion.

 

Albert avait connu les inconvénients du communisme alors que Henri allait connaître les absurdités du capitalisme. Pour les imbéciles, tout ça n’est qu’une question d’argent. Pour Henri c’est une question de temps et de liberté.

 

L’amour de la vie. L’enfant voyait la vie pour la première fois. Tout était nouveau pour lui. Le politicien n’était pas encore un menteur. Le prêtre n’était pas encore un gourou. L’écrivain n’était pas encore un égaré lucide. Le philosophe, approchant la mort, redevenait enfant et les choses qui jusqu’alors apparaissaient impénétrables s’offraient désormais à son regard dans l’enchaînement que seule la durée était capable de façonner. L’arbre n’était plus un bout de bois mais un être vivant ; une âme en devenir ; un ami.

 

Tout se passait comme si tous les atomes de l’univers se transperçaient les uns les autres sauf sur la liberté humaine, seule capable de les refléter entièrement. La liberté, écrivait Henri, est « la relation indéterminée entre le moi concret et l’acte qu’il accomplit ». Dans cet océan de déterminisme scientifique voilà qu’une relation indéterminée surgit : l’acte volontaire de l’homme !

 

Très jeune déjà, Albert s’est rendu compte que « les buts justifient les moyens » ne veut rien dire puisqu’on peut demander aussi qui justifie les buts, à quoi on peut répondre : les moyens. Mais, le même qui a écrit cette phrase a aussi écrit que « des buts qui nécessitent des moyens injustes ne sont pas des buts justes ».

 

De son côté, Henri avait écrit ceci à propos d’un de ses amis : « quand il est venu au socialisme, je l’ai perdu de vue ». Il lui avait proposé d’enseigner aux jeunes la philosophie, c’est-à-dire exercer le métier le plus noble sur cette planète qui est celui d’éduquer les enfants, mais son ami a préféré choisir la politique.

 

En suivant le parcours d’Albert et de Henri, on se rend compte combien ils sont importants pour la France et pour le monde. Rarement la pensée a atteint un tel niveau de profondeur et rarement le style a été si rigoureux, de telle manière que, lorsque nous les lisons aujourd’hui on a l’impression que c’est la divinité qui parle ; qu’un esprit supérieur et – pourtant – pas nécessairement étranger à la durée, nous dévoile toutes les couches protectrices de la vérité, en nous la rendant nue, dépourvue de sa temporalité immanente ; telle que les anciens ont essayé de nous la transmettre.

 

Dans cette époque remplie d’information inutile et excessive,00 des « smartphones » et autres joujoux « technologiques », Albert et Henri nous apparaissent comme des vestiges antiques d’un monde révolu ; comme une Atlantide engloutie ; comme une belle mélodie jouée par un grand anonyme ; comme un chant de sirènes sur les rives de l’océan de l’oubli. Mais le simple fait que ces êtres ont existé ; écrit ; pensé ; vécu, nous rassure. Qui : la vérité est là ; claire et limpide ; la vérité n’est pas une illusion ; une chose inaccessible ; un « a priori » inutile et inatteignable, grâce à la structure générale de ces esprits uniques et inimitables.

 

On se demande qui était le premier homme, si on descend du singe ou pas, etc. Eh bien, si on descend du singe ou pas, le premier homme était le premier animal pensant ; le premier être qui, un beau jour, a eu l’idée ; qui a pensé : c’est celui-là, le premier homme. L’apparition de l’intelligence, voilà le début de l’humanité. Henri avait parlé et écrit longuement là-dessus en allant au fond des choses. La notion même de hasard est dépendante de l’intelligence. Le hasard, disait Henri, est « une notion qui se remplit ou se vide de sens, suivant qu’une intelligence participe ou pas du processus ». Lancer les dés ne présente aucun intérêt pour un animal mais uniquement pour l’intelligence humaine qui a fabriqué ces dés !

 

Albert et Henri. Le génie français. Mais, à la réflexion, c’est la langue française qui a permis leur apparition. La langue, c’est le peuple. Pas l’inverse. Albert, après la guerre, se demandait pourquoi l’homme est révolté. Que fait-on de celui qui ne croit pas en Dieu ? Et la réponse est la suivante : « quand chacun dira à l’autre qu’il n’est pas Dieu ». La tolérance. Chacun n’est pas Dieu.

 

Henri, de son côté, se disait que si les mystiques existent, c’est que l’univers est quand-même « une machine à faire des dieux ».

 

On pourrait se dire que, sur ce point, Albert et Henri sont opposés l’un à l’autre. Mais, en réalité, l’un et l’autre ont eu le Prix Nobel de Littérature. La philosophie de Henri était plus que de la philosophie : c’était de la littérature ; un style tout à fait particulier ; une prose historique des idées du temps et de la liberté. La liberté : voilà le point commun entre Albert et Henri. Leurs écrits sont vivants et le lecteur est confronté à la fois au problème du temps et de l’intelligence dans le temps. L’apparition de l’intelligence sur cette planète pose le problème de l’amour. L’homme est une créature intelligente, capable d’aimer. Aimer et être aimé : c’est la raison d’être de l’homme. Comment se fait-il que la haine existe ? Que la violence persiste ? Que le crime se répète ? Que le mal subsiste ? Alors que l’homme est « un roseau pensant » ? Le problème du mal. Le mal est une contrefaçon du bien. Il ne peut pas subsister par lui-même : il a besoin du Bien.

 

Lorsqu’on se demande comment Auschwitz a pu exister on se rend compte que le malade mental arrivé au pouvoir est capable des pires atrocités. Le menteur remplace ou a tendance à remplacer la vérité. Masse et puissance. Le livre de Canetti nous rappelle l’horreur de la deuxième guerre en passant par la manipulation des masses. Comment un malade mental comme Hitler a été capable de ravager le monde ? « La flamme est dans la fleur. La fleur est dans la tempête » disait le poète. Et aujourd’hui qui s’en plaindrait ? Personne !

 

Pendant que Henri se demandait où mène l’évolution de l’intelligence et de l’instinct, Albert , lui, était en plein Dostoïevski et son dilemme sur l’existence de la divinité. « Si Dieu n’existe pas, Kirilov doit mourir ». « Si Dieu n’existe pas, Kirilov peut être Dieu ». D’où, l’affirmation : « Pour être Dieu, Kirilov doit mourir ». L’absurdité de la chose s’évanouit de deux manières. La première est que si Dieu existe il n’y a plus de problème et Kirilov doit vivre. La deuxième est que si Dieu n’existe pas, le suicide de Kirilov est totalement indépendant de l’existence, donc de Dieu qui est cette existence même. On ne peut pas remplacer l’existence par l’absence, voilà la conclusion trouvée par Henri. L’idée qu’un objet n’existe pas contient plus d’information que l’idée de l’existence de l’objet du fait qu’elle suppose l’existence de l’objet, à laquelle on ajoute l’idée que l’objet a bougé et qu’il reste une place vide. On ne peut pas remplacer le plein par le vide ! L’idée de l’existence par l’idée d’une absence. D’ailleurs, remarquons, au passage, que l’idée d’absence est totalement spatiale alors que l’idée d’existence et d’évolution est éminemment temporelle. « Etre ou ne pas être » devient, pour Albert, « vivre ou mourir » alors que pour Henri la question ne se pose pas car il y a évolution de l’être ; il y a l’entre-deux : la vie vécue.

 

Albert et Henri : deux des plus grands penseurs de tous les temps. Sans eux l’intelligence ne peut pas se poursuivre sur cette planète. Le fait qu’elle subsiste se doit à leur existence. C’est tout comme l’existence des êtres comme Tolstoï ou Gandhi. D’ailleurs il existe une petite correspondance entre ces penseurs. Elle traite de la non-violence. La non résistance au mal, voilà ce qui compte. Si on prend « œil pour œil » pour de vrai, disait Gandhi, tout le monde deviendra aveugle.

 

Albert avait écrit un livre (avec Arthur) contre la peine de mort. Il est décrit que la violence se manifeste plus dans les pays où la peine de mort est en vigueur. Comme ce n’est pas l’homme qui donne la vie, l’homme n’a pas le droit de la reprendre. C’est pourquoi les exécutions, dans une démocratie comme les Etats Unis, se font à huit clos et dans un endroit isolé. Enfin, le nombre d’erreurs judiciaires font que, souvent, on tue des innocents et ça c’est impardonnable et incompatible avec une démocratie. Après avoir été jugé et condamné à mort, lorsque son tour est venu, Saint-Just n’a pas dit un seul mot en allant vers l’échafaud. Comme disait Balzac, « la mort est un silence de mort ».

 

Entre la vie et la mort il y a la durée ; le déroulement de l’âme dans l’espace ; l’invention ; le souffle de l’intelligence ; le temps.

 

La mythologie grecque, chez Albert, comme chez Platon, doit rendre compte de ce que, nous autres, nous appelons le temps. Le mythe de Sisyphe est similaire de l’effort du cheval pour sillonner la terre comme l’écrivait Tolstoï (« De la vie »). La vie de l’homme intelligent est un effort continu ; un travail soutenu ; une durée palpable ; c’est comme détendre l’énergie contenue dans un ressort comprimé lorsqu’on le relâche. La vie de l’homme. Un effort soutenu. L’écrivain qui couche ses mots sur le papier ne fait que ressortir un sens qui se dégage de l’enchaînement des mots ; des expressions ; des phrases qu’il écrit. L’écriture ne fait que toucher l’âme du lecteur ; le faire éprouver le sens de la vie ; ses origines et ses buts ; son développement dans le temps ; c’est-à-dire dans « ce qui fait que tout ne soit pas donné tout d’un coup » comme l’écrivait jadis Henri.

 

Albert ne comprenait pas pourquoi l’homme a besoin d’un sauveur. Il ne croyait pas que le Christ a ressuscité. Il pensait à ceux sui ne croient pas. Le bonheur, car c’est bien lui qui est au cœur de la société, devrait être collectif et ne devrait pas dépendre d’un seul individu, fût-il messie, chef, roi ou martyre. Parmi nous, pensait Henri, il existe une catégorie de personnes qui est particulière en ce sens que leur existence est un modèle à suivre pour tous. Ce sont les mystiques. Un homme comme Krisnamurti, par exemple, n’a jamais eu de compte en banque ; n’a jamais rien possédé ; n’a jamais fait de concession à qui que ce soit et pour quoi que ce soit. Un être comme lui est un modèle à suivre.

 

Il y a l’histoire des actions humaines, sans doute. Mais il y a aussi l’histoire des idéologies ; des systèmes et des structures sociales ; l’histoire des symboles que l’homme a mis en place à travers le temps, précisément. On constate alors que les idéologies naissent et disparaissent, comme les hommes. L’homme libre a tendance à fabriquer des systèmes qui risquent de le rendre totalement dépendant de ces systèmes mêmes ; il risque de devenir un cobaye du système. L’histoire de la folie développée par Foucault (il s’appelait FOUcault) nous met en face de ce fait, à savoir que le fou de la Grèce Antique ou le fou du roi du Moyen Âge ne finit pas en prison où à l’hôpital, comme aujourd’hui. Qu’est-ce qui fait que, de nos jours, on torture les détenus comme au Moyen Âge ? Que sommes nous et que faisons nous ici et maintenant ? La réponse de Henri est la suivante : nous déroulons l’âme individuelle dans l’espace. C’est que la somme des âmes individuelles représente l’âme universelle ? Peut-être oui, mais chaque âme individuelle, disait Plotin, aspire et lutte pour devenir universelle.

 

Il semblerait que, parmi les âmes individuelles, il y en a qui se rapprochent de l’âme universelle. Ces âmes sont celles des mystiques et des grands artistes de ce monde qui ont eu l’intuition de la révélation divine. Depuis Parménide, Homère, Platon, Aristote, Plotin et jusqu’à Pascal, Gogol, Kant, Bergson, Jaspers, Camus Popper et Ricœur (Ri-cœur !), l’histoire de l’âme humaine est devenue, de plus en plus, l’histoire de l’âme universelle. Si Kant pensait que la vérité dépend de la structure générale de l’esprit humain, Henri va plus loin en affirmant que la structure générale de l’esprit humain dépend d’un certain nombre d’esprits individuels. Mais qu’est-ce que la structure générale de l’esprit humain si ce n’est l’âme universelle ? Qu’est-ce que c’est sinon l’âme des artistes ; des grands scientifiques ; des grands mystiques ; des grands penseurs, enfin ?

 

L’art n’est pas seulement « ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur terre » mais, surtout, une intuition ou une révélation qui permet à l’homme d’être la seule créature libre sur terre. Il s’agit ici d’une révélation, avant tout, intérieure. C’est pourquoi cette expérience peut-être transmise à travers la pensée, telle qu’elle a été reçue, c’est-à-dire intacte. La littérature, la musique, la sculpture, la peinture, le cinéma ne sont que des moyens pour nous restituer cette liberté et cette liberté n’est autre que la liberté d’aimer. Aimer, mais quoi ? Aimer l’homme. Aimer son prochain. Aimer l’humanité, enfin !

 

Aussi bien Albert que Henri ont recherché, à travers l’écriture, de nous rendre compte de ce que nous sommes ; d’où nous venons et vers quoi nous allons. Et cela n’est que plus vrai dans le monde actuel peuplé d’ordinateurs et des machines qui détachent l’homme du travail lui permettant de réfléchir sur lui-même. La vérité se trouve en nous. Pa sen dehors de nous. Lévi-Strauss nous a expliqué comment des hommes, situés à l’autre bout du monde les uns des autres, ont les mêmes rites ; les mêmes coutumes ; les mêmes croyances. Cela prouve que l’homme est un être pensant et que la pensée est la même à travers le temps et l’espace.

 

La pensée se suffit à elle-même du fait de son développement temporel. Je pense, j’aime. J’aime et je suis aimé. Voilà qui suffit. Ou bien j’aime, donc je suis. Être ou ne pas être aimé. Aimer ou ne pas aimer. Telles sont les questions que se posait Albert. L’étranger, c’est nous ! Le premier homme, c’est nous! Ce que l’écrivain écrit c’est la pensée sur elle-même mais cette pensée sur soi, miraculeusement neuve (car il y a le style adoré par Albert) se retrouve en nous. Le JE devient MOI. Je est un autre ? Non : JE c’est MOI. MOI c’est JE. Ces jeux d’enfant, Albert les adorait. Lui, l’étranger, était plus humain que nous. Lui, l’étranger, nous rappelle l’enfance de l’humanité. Le premier homme c’est l’enfant. L’enfant qui voit le monde pour la première fois. La fraîcheur de l’enfance ; le soleil du matin ; la première pensée ; le premier mot, maman ; le premier amour; le premier frisson ; la vie !

 

Henri. Henri et son maître. « De l’habitude ». L’habitude c’est mal ! C’est la répétition ; l’ennui ; la sclérose ; l’automatisme ; la rigidité ; la mort. L’habitude possède les caractéristiques de la matière. « J’entends la matière pleurer » disait le poète. Ce qui est bien, c’est la nouveauté ; la surprise ; l’invention. C’est pourquoi l’enfant voit le monde avec des yeux d’enfant ; pour lui tout est nouveau ; tout est à réinventer ; à découvrir ; ouvrir ; chercher les causes ; constater les effets ; comprendre ; aimer enfin ! L’enfant adore le monde de par sa nouveauté. « La bête ineffable » dans la grotte de Lascaux est une des premières œuvres d’art de l’humanité. On se retrouve face à la première tentative d’exprimer ; face à la première pensée qui est une sorte de préservation de la mémoire. La première peinture du premier homme ! L’amour de la vie déposé là : devant nos yeux ébahis ! L’antilope ; le veau; le guépard. Proie et chasseur en mouvement. Tout est là ! A quoi pouvait penser ce premier artiste de l’humanité ? A ce qu’il a vu et ce qui est le plus proche de lui : l’animal. L’animal. Anima. Âme. L’âme humaine qui pense et qui aime. Quoi de plus émouvant ? Quoi de plus sublime ? Rien !

 

Et puis le vieux. Le vieil homme et le désert. Le vieux Théodore. Celui qui cherchait la météorite. Celui qui, à plus de 80 ans, marchait dans le Sahara occidental. Plus de 300 km. Plus de 500 km. Plus de 900 km ! Entre deux points d’eau ! La marche dans le désert. Le chameau. L’étendue. La formation du sable. Le vent. L’homme du désert. Le sable. Les dunes de sable. L’océan de sable. Et puis la patience de Théodore. La patience systématique. Répertorier les plantes et les animaux du désert. Marcher à pied et non pas en voiture tout terrain. Et puis le cosmos. A la recherche d’une météorite géante, probablement enfouie sous le sable qui couvre toutes les traces…

 

Le vieil homme. Théodore. L’homme est, pour lui, l’anthropologue, le dernier venu. Il manque d’humilité. Il se prend pour le roi de la création. Il se croit tout permis alors que la nature reprend ses droits suite à ses excès (pillage, pollution, guerres, famine,…). L’homme qui ne croit plus à rien. « Si Dieu n’existe pas tout est permis ». On oublie souvent le début : « si Dieu n’existe pas ». Le vieil homme croyait en Dieu. Lui, le scientifique. Le autres croyaient à leurs croyances. Ce monde aurait pu être différent mais il est tel qu’il est. Nous sommes comme nous sommes et pas autrement. Nous sommes ce que nous sommes. Ce n’est pas la religion qui rendra les non-croyants croyants. Nous croyons à ce que Bernard Leibovici appelait « la religion de l’art » (en parlant de Gogol). Dieu n’est pas un barbu qui habite dans le ciel et qui parle aux mystiques. Dieu est un souffle ; une tendance ; une direction à suivre ; il est Verbe (logos, c’est-à-dire aussi action) et, surtout, pensée qui débouche sur l’amour. Dieu est, enfin, une réalité qui se suffit à elle-même ; une réalité qui n’est pas nécessairement étrangère à la durée. Si la pensée de l’homme existe, c’est qu’il a été pensé. « Je suis, hélas ! Donc on me pense ! » disait Ghérasim Luca. Qu’est-ce qu’un enfant si ce n’est une pensée devenue réalité ? Et qu’est-ce que Dieu si ce n’est un souffle qui donne la vie ? L’âme universelle c’est Dieu. Et qui peut le mieux décrire l’âme si ce n’est l’écrivain ; le musicien ; le sculpteur; le peintre; le réalisateur, c’est-à-dire l’artiste ? Qui d’autre que l’artiste peut dire ceci : « il pensait dans d’autres têtes et dans la sienne d’autres que lui pensaient » ? Personne. Personne d’autre.

 

La science cherche la force unifiée ; celle qui a été à l’origine de toutes les forces de la nature. La religion cherche l’Etre Suprême qu’on appelle Dieu. Et l’art ? Que cherche l’artiste ? Nous pensons que l’artiste cherche à justifier l’existence de l’âme universelle et son déroulement dans l’espace. L’artiste justifie l’existence de l’âme humaine et, par là, ce qui nous permet de toucher l’absolu : l’Amour. Aimer, c’est vivre : aimer la vie c’est être capable de se sacrifier pour témoigner de l’Amour universel, à l’origine de l’existence même de l’homme, seule créature pensante de cet univers. « Nous sommes est devenu nous sommes et nous sommes seuls » disait Albert. Nous ne sommes pas seuls : nous sommes précédés par ceux qui sont entrés et qui ont marché avant nous sur cette terre : les mystiques ; les génies ; les écrivains ; les artistes ; les scientifiques. Nous ne sommes pas seuls : l’intelligence nous précède de si loin. Depuis l’égyptien et le sanskrit, l’homme a su transmettre son intelligence de génération en génération. L’intelligence de l’homme s’est retrouvée augmentée. En même temps, l’intelligence s’est retrouvée au service d’une inégalité qui a séparé l’humanité en deux : les puissants et les faibles. L’égalité reste une illusion, même après plus de deux mille cinq cent ans d’histoire. Mal-heureuse-ment.

 

 

le 20 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

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Né en 1964 à Bucarest (ROUMANIE).

 

Fils de la journaliste et poétesse roumaine Elena PARASCHIVESCU et du poète roumain Miron Radu PARASCHIVESCU.

 

Poèsie

« Poèmes » (Ed. Edilivre, 2015)

 

Essais

« Bergson ou la générosité de la pensée » (Ed. Edilivre, 2015)

Plusieurs essais non publiés.

 

Roman

« Introspection » (1996)

Non publié.

 

Divers (1995 – 2018)

Réflexions philosophiques, pensées, prose, critique littéraire.

Lucian Raicu ou La religion de l’art (2018)

 

Traductions

En français : Poèmes de Miron Radu PARASCHIVESCU et George BACOVIA.

En roumain : Poèmes de René CHAR, « Entretien dans la montagne » de Paul CELAN, Poèmes et fragments du Journal d’un cobaye de Miron Radu PARASCHIVESCU.

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