Alexandra Joly

 

 

(France)

 

 

 

 

 

Autobiographie en 8 millimètres

 

 

 

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Guillaume vit avec sa mère et son oncle communiste dans une cité bordelaise. Bien des questions existentielles pourraient envahir ce jeune garçon mais une seule l’obsède : « Pourquoi y a pas la télévision chez nous ? ». Et sa mère et son oncle de lui répéter : « la télé rend con ! ». Il est donc le seul dans la cour de récréation à ne pas savoir qui est Goldorak ou Tom Sawyer.

Un jour, sa mère, lassée du sempiternel leitmotiv, emmène son fils au cinéma. Et là c’est la révélation : un monde s’ouvre à lui. Les plus grands films comme les plus mauvais vont forger son esprit et contribuer à son éducation.

 

 

Guillaume Guéraud, un auteur de jeunesse ? C’est effectivement la case qu’on lui a attribuée, pourtant à lire ses romans dits « pour ado » on peut s’interroger. Chacun de ses romans brasse des faits de société avec une telle noirceur, une telle violence et un tel réalisme que l’on peut bien faire voler en éclat ce sectarisme. Guillaume Guéraud est un auteur complet à l’imagination et à la verve d’une grande justesse. Jamais un mot ou une page de trop. Pas de bons sentiments, pas de manichéisme… jamais ! Il a l’œil si vif et si acerbe qu’il nous renvoie en plein visage les travers de nos sociétés.

 

Sans la télé est une autobiographie en 8 millimètres. Guéraud y évoque ses années d’apprentissage, de son enfance à son adolescence, par découpage cinématographique. Chaque film s’attache à un souvenir, à moins que ce ne soit l’inverse. Il suggère, effleure plus qu’il ne raconte, mais c’est assez pour dire l’émoi suscité par chacune des projections. De ces émois, de manière parfois indicible, l’enfant comprend, apprend, se forge sa propre opinion :

 

« Il y a des connexions étranges. Dans ma tête. Entre la victoire de Saint-Etienne 5 à 0 et Allemagne année zéro. Entre le quartier de ce film et notre cité. Entre moi et ce petit garçon. Entre Michel Platini et Indiana Jones. Entre Superman et les ruines de Berlin. Entre ici et ailleurs. Entre avant et maintenant. Entre la fin et le commencement. Ca fait un tas de boucles. Des croisements et des nœuds.

Ce petit garçon est mort et je sors vivant de la salle de cinéma.

Je ferme les yeux. Je le vois escalader les ruines. Je le vois grimper sur le toit. Je le vois tomber.

Toutes les images tiennent debout sous mes paupières et il suffit que je cligne des yeux pour engloutir le soleil. »

Le style de Guéraud est une anamorphose. Sa poétique révèle la cruauté et la froideur du monde, sa familiarité et ses vulgarités confèrent une poésie à ce même univers. Les mots sont des images qu’il faut contempler sous divers angles pour en apprécier toute la justesse.

 

Avec cette autobiographie l’auteur livre un peu de son univers, justifie son goût pour l’imaginaire, qu’il soit cinématographique ou littéraire, et sa vision sombre et pessimiste du monde, comme un écho de celle de son lecteur :

 

« …et je tourne le dos à la caméra pour aller affronter le monde qui n’est rien de plus qu’un cauchemar que je n’ai pas choisi. »

 

 

 

Sans la télé, Guillaume Guéraud, ed. du Rouergue, DoAdo, 2010

 

 

 

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Alexandra Joly est née en 1977. Elle est certifiée de Lettres Classiques et vit à Metz. Ses centres d’intérêt : les livres, les voyages, l’Art Nouveau et la danse. Il lui arrive souvent de rédiger des notes de lecture et de défendre avec enthousiasme les auteurs qu’elle aime.

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