Alexandra Joly

 

(France)

 

L’île des chasseurs d’oiseaux

 

 

L’inspecteur de police Fin Macleod est dépêché sur son île natale de Lewis pour enquêter sur un meurtre sordide dont le mode opératoire présente des similitudes étonnantes avec une autre affaire dont il a la charge à Edimbourg.

 

Encore sous le choc du décès brutal de son fils de huit ans, Fin revient sur les traces de sa propre enfance et part en quête de l’assassin d’un ancien camarade de classe si détestable et si monstrueux que personne ne pleure son cadavre.

 

Les premières pages de ce polar noir ne dérogent pas à la règle du genre : un homme pendu et éventré est découvert par un jeune couple d’amoureux sur une île sombre, pluvieuse et venteuse. Bref, tous les ingrédients de ce type de roman semblent si bien réunis que cela sonne faux. Et en effet, à peine le lecteur est-il entré dans l’esprit de l’enquêteur qu’il découvre, par un jeu de changement de voix narrative, le parcours d’un homme de son enfance jusqu’à son départ de cette île hostile. Lorsque l’enquête semble reléguée à un plan secondaire, l’auteur sait toujours ramener le crime ou la victime à la mémoire : les fils du passé composent avec ceux du présent une multitude de nœuds que Macleod doit défaire pour trouver l’assassin et comprendre ses motivations.

 

Les passages consacrés à l’enfance font entrer une seconde histoire dans l’intrigue policière apportant des touches de couleurs, des nuances et l’humanité qu’il peut parfois manquer à l’univers froid et noir du thriller. « Les gens nés dans années cinquante décrivent parfois leur enfance en évoquant des tons bruns. Un monde sépia. J’ai grandi dans les années soixante et soixante dix et mon enfance fut violette. » Au fil de l’enquête, le lecteur découvre les motivations profondes qui ont poussé Macleod à fuir ce lieu. Les secrets semblent faire corps avec cet espace clos, ouvert aux vents et à la pluie. L’atmosphère qui se dégage de cette île perdue d’Ecosse n’est pas sans rappeler l’univers froid et humide de l’Islande d’Indridason. Finalement, c’est peut-être aussi ce dépaysement que le lecteur vient chercher auprès de ces auteurs : un froid glaçant, une humidité ambiante, un soleil délavé et une palette de couleurs spécifiques. Un véritable roman d’atmosphère. « Tandis qu’ils rentraient vers Stronoway, les nuages s’effilochaient en lambeaux dans le ciel, créant des bandes grossières, bleues, noires et gris-mauve. La route filait devant eux, toute droite, rejoignant l’horizon et une bande de lumière où l’on pouvait voir, sous le ciel plombé, la pluie tomber en averse ».

 

L’intrigue policière en elle-même est relativement aisée à suivre : les révélations semblent couler de sources et aucun coup de théâtre inapproprié ne vient emballer le ronronnement de l’enquête. C’est tout naturellement donc, mais non sans plaisir, que le lecteur accompagne Fin Macleod à la poursuite de l’assassin sur fond de tradition ancestrale : la chasse aux gugas, des oiseaux endémiques à la saveur inégalable.

 

 

L’île des chasseurs d’oiseaux, Peter May, éditions du Rouergue, Babel noir, 2009

 

 

 

 

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Alexandra Joly est née en 1977. Elle est certifiée de Lettres Classiques et vit à Metz.
Ses centres d’intérêt : les livres, les voyages, l’Art Nouveau et la danse.
Il lui arrive souvent de rédiger des notes de lecture et de défendre avec enthousiasme les auteurs qu’elle aime.

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