Alexandra Bouge

 

 

(France)

 

 

 

les yeux doux calmes fendent et lâchent sa proie dans le ciel, les gens du village regardent cette lumière où la nuit remporte le vivant, « Qu’est-ce que c’est ? Tu l’as vu ? Cet oiseau dans la nuit Je l’ai vu, oui, il va bientôt partir Il faut prier. Oui. Pour qu’il parte. Sur la terre battue, les paysans se réunissent. « l faut qu’il parte. D’où il vient? Je veux le voir » dit l’enfant ; « je veux le voir lui faire cou cou », son oiseau de braise, une femme retape le sol de la casbah, l’oiseau fend le ciel, l’horizon, peut-être reviendra-t-il ? / empli de plumes aux confins de la ville, peut-être reviendra-t-il ? au-dessus de nous ses ailes bercent / pour les gens / peut-être reviendra-il sur la terre battue, le corps déchiqueté aux confins

 

 

 

 

sur le quai, un sans-abri / un monsieur sans-abri dort dans le froid à côté de son chien, l’homme fait la manche

dans la rue un sans-abri, le chien

il d’mande son chemin, et le chien pleure, fatigué et l’homme, sur le quai dans le courant d’air ent’ le dehors et… le métro passe, la ville, deux pauvres hères dans la rue

« La nuit je dors sur le quai, endolori je me lève, la galère, mon chien, mon p’tit chien, mes jambes endolories, la tristesse m’envahit, ces gens qui passent, se distraient, ma boîte à manche, le froid coupant, dans le froid endolori  »

la ville

 

 

 

 

se débarrasse de sa dose au plus offrant / sa femme, violée / un garçon garçon une ville,

vendue entre deux bras hommes viol viol, passage il file par un passage étroit famille fratello fratelle viol viol au pas d’un rut au pas de danse, une fêlure, sur le chant du vent dans la ville d’une mère larmoyée dans le trafic de drogue (la vente des enfants) un utérus vendu vendu des gens mendient la nuit se pose sur un terne abattis un garçon éreinté éreinté fourbu, fourbus ces gens aux couleurs perdues,

tuée, baisée, vendu étirée tordue puis jetée, éterrée, éterré fendue humiliée pour un peu de sous annihilée étrangère à elle-même dans la rue vendue flippé flippé

 

 

 

 

légens vont bras bout de jambe / coupures, des tripes, de bras / lumière ; des morceaux, de bras, de corps, d’ongles, de lèvres, tripes ventre cuisses stries morceaux de chevilles tripes de gros doigts, le front, les joues, le menton mon corps dans les exclusions chevilles veines qui palpitent à coupé, le nez sans yeux ; a arraché les yeux, les gens les gens

lé gens, les yeux le bras, les chevilles ; terre yeux finitions de corps, le corps ; la maison le sang qui coule dans les traces sang des coupures, des coupures, de stries ; la viande des joues, yeux, les pieds tripes, de scie  de stries  coupé coupé  coupé coupé coupé coupé, papier papier   les gens papier ; lé gens hôpital, yeux, yeux irisé yeux  yeux, oeil coupé, les immigrés de peau

 

 

 

 

une fille avance, trébuche, se relève, flanche marche, marche, trébuche, flanche / s’accroche, elle marche, trébuche, tombe / les buttes de la ville, un sans pap ‘ / un sans papier / d’un pas miséreux

un sans abri

 

 

 

 

au sortir de l’hiver, traînant la misère à mes basques, un système qu’avale lé pauv pour les recracher, pièces déchiquetées, énumérées,

Pierre crie son désarroi, une ville à la marge, une radicelle de lierre interpelle sur un trottoir sale, des hommes,

elle s’accroche, à la bave du nez, puis aux saignements par terre, aux nuages qui molletonnent derrière le flic, aux pochons / derrière le car de police la lutte pour la liberté, la non-acceptation de la toute puissance des financiers / un bout de papier traîne, des déchets, derrière le car de police / dérisoire la lutte la lutte, un cortège, une poignée endolorie, nous traversons les matelas des gens qui dorment par terre puis plus loin en hauteur des baluchons attendent leurs occupants pour la nuit, de la morve par terre / des immeubles / puis des gens par terre

 

 

 

 

vitre cassée, habitat en carton au pied des murs, des murs / lézardé, des mots, petits cris s’agrippent sur les murs / au mur / aux paroles blessées / petits cris souffreteux / cette tente est mon tombeau, la tente est mon tombeau / cette tente est dans la rue / en proie au gel, aux nuits sans tête / une catastrophe est vite arrivée à même le sol gelé, à même le sol / un coeur

 

 

 

 

quai de gare, poings liés, tête baissée, son sac-à-dos, asphalte, misère  / entre deux quais, parasite, parasite / un homme trébuche sur le quai, vagabond, désespoir / sa mère est avec lui, le pousse, et lui demande pardon, pardon dans une lutte pour sa survie, sur un quai

 

 

 

 

Le squat de la Jarry :
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO

 

Je suis licenciée en Arts Plastiques et Communication à l’Université de la Sorbonne. Je publie en autoédition sur Lulu.com « Une nuit à Belleville », recueil de poésies, de photographies et de street art, « La ville », recueil de poésies, de travaux d’arts plastiques et de street art, « Alve » recueil de poésies et de dessins, et « Le Campement », qui est un recueil de nouvelles.

En 2015 je participe au Festival d’art urbain Rue Stick, en Allemagne eet en France et publie dans la revue Mgversion Datura, nr, 80 et 79, la revue Sipay n° 12, dans la revue A l’Abri de l’Orage, la revue les Corrosifs n° 1.

 

En 2014 je publie un recueil de poésies et de dessins intitule LA PEAU aux éditions MGV2>PUBLISHING, des textes et des illustrations dans les revues Mgversion2 Datura, Paysages Ecrits, Hebdo-Décapage, Cabaret, et en 2013 un recueil de poésies, intitulé « La ville de glace », aux éditions Mémoire Vivante.

 

 http://alexandrabouge.tumblr.com/

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