Alain Helissen

 

 

 

(France)

 

 

Les balles perdues

 

L’enfant joue à la balle

L’enfant ne comprend pas
ceux qui autour de lui
jouent à balles réelles
Et c’est une balle perdue
qui arrête sa course
Sa balle ensanglantée
vient rouler tout contre lui

Il a deux trous rouges
Au côté droit

 

Refrain

Non je ne m’souviens plus
du nom des balles perdues
Ce dont je me souviens
c’est de tous ces enfants
tombés sous la mitraille
Non je ne m’souviens plus
du nom des balles perdues
Ce dont je me souviens
c’est des cris des enfants
sur des mares de sang

 

Je voudrais un poème assez grand
pour abriter tous les enfants
Ceux dont les yeux grands ouverts
reflètent un ventre vide
Ceux dont les mains habiles
travaillent clandestines
Ceux qui loin des écoles
prospectent les poubelles
Ceux maltraités mal aimés
De trop dans la portée

Je voudrais un poème assez sûr
pour que tous ces enfants du malheur
y trouvent enfin un asile de paix
où jouer où grandir où aimer

 

Refrain

Non je ne m’souviens plus
Du nom des balles perdues
Ce dont je me souviens
C’est d’un enfant heureux
Qui tapait dans ses mains
Et sautait à pieds joints
Dans la vie dans la vie
De grâce laissez-la lui

 

 

 

 

Des images de l’enfance

 

Tartinéc’était
fromagé frais
− pas lait tourné ! −
enfourné prêt
confituré
mâché et
avalé

C’était vache
tout juste
taureau-éfiée
pour un veau
cet été

C’était cochon
tiré saigné
ramené
ficelé
sur l’échelle

C’était les prés
coupés
Foin fané
voituré
remisé

C’était pommes
de terre
arrachées
triées
moitié à éplucher
moitié à jeter aux
porcelets

C’était encore
travaux dehors
charrue et herse

Au « Vieux lénitz »
Au « Champ Frantz »
Au « Riesberg »

Aux quatre coins du ban
bon gré mal gré
les chevaux y allaient
− Marquis, Bijou, ils s’appelaient −

Et le lait
matin et soir
à tirer
Queue attachée
presser mamelles
de ces donzelles
Allez, allez !
les vaches
à lait

C’était pour peu
de grain beaucoup
d’entrain

Beaucoup de foin
qui finissait en bouse
accumulée en tas
− la richesse du fermier,

c’était son volume de fumier −

 

extrait de On joue tout seul
éditions Corps Puce ; 2010

 

 

L’enfance en nous

 

C’est jamais loin l’enfance
Même si l’âge avance
Elle se tient toujours
Quelque part tout autour
De là où on habite
Et tous les jours s’agite

C’est jamais loin l’enfance
J’en ai bien souvenance
Même si je ne suis
Plus tout jeune aujourd’hui
Se bouscule dans ma tête
Un film qui ne s’arrête

C’est jamais loin l’enfance
Et c’est toute notre chance
De la porter en nous
En vers et contre tout
Ce qui nous habitue
À des chemins obtus

C’est jamais loin l’enfance
Il suffit qu’on y pense
Pour faire le détour
Lui passer le bonjour
Et se sentir heureux
À peine un peu plus vieux

 

« Cairns N°10 », janvier 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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http://alainhelissen.over-blog.com/

 

Alain Helissen est né en 1954. Il vit à Sarrebourg (Moselle). A co-fondé la revue artistique et littéraire Faix (1979/1982) avant de faire partie du comité de rédaction de la revue Sapriphage (disparue en 2000). Il a notamment consacré un numéro de cette revue à Jean-Pierre Verheggen. A collaboré à une cinquantaine de revues et publié une douzaine d’ouvrages. Il est aussi chroniqueur dans différents périodiques littéraires (Le Mensuel littéraire et poétique, La Polygraphe, Pris de Peur, CCP, La sous-Cape,…) Depuis fin 1999 il dirige la Collection Vents contraires aux éditions VOIX. Il écrit aussi des textes de chansons pour le groupe Village Popol avec lequel il se produit parfois sur scène, à l’occasion de montages poétiques proches du théâtre. Enfin, il participe régulièrement à des expositions de Mail Art et pratique volontiers l’art du collage. Il prépare actuellement un dossier sur la poésie contemporaine.

 

Publications :
• La recette du pavé, collages, Tardigradéditions, 1998.
• Rhapsodie du JE, Rafael de surtis Éditions, 1998.
• La vie déraille, Éditions 13/XIII, 1999.
• Je les ai vus, ils préparent une attaque, Éditions 13/XIII, 1999.
• Pliez pour nous, tiré à part de la revue Sapriphage No 35, 1999.
• Point d’interrogation, en collaboration avec Serg Gicquel, livre d’artiste, Ed. CDPP, 1999.
• Les Poétrous, Voix Éditions, Coll. Vents Contraires, 1999. Rediffusion, Ed.13/XIII, 2001.
• Claude Pélieu/Fusions, ouvrage collectif, Voix Éditions, 2001.
• Contre les barbelés du cœur et de la pensée, ouvrage collectif, Tardigradéditions, 2002.
• Les aventuriers du roman perdu, Ed.13/XIII (parution novembre 2002).
• Faits divers rigoureux, à paraître.

 

Audio :
• Sans peur et sans solfège, avec le groupe Village Popol, Album CD 16 titres, 2001.
• Un point c’est trou, spectacle poétique avec le groupe Village Popol, CD 45 minutes, 2001

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