Alain Fabre-Catalan

 

 

(France)

 

 

 

Sur le chemin de la traduction

 

Dans le secret de la différence des langues s’ouvre le chemin de la traduction. Une manière de marcher vers un horizon inconnu et d’éveiller dans sa propre langue la présence de ce qu’il y a de différent, de ce qui paraît dissonant jusqu’à y trouver une porte et franchir le seuil entre deux mondes, entre deux langues, entre deux façons de nommer le jour et la nuit, comme on ferait l’expérience d’une présence à la fois proche et lointaine. C’est dans la poésie sans doute que se trouve le terreau originel des langues, comme une voix qui s’échappe de l’écriture, de la saisie des signes, vers cette « langue où les langues / s’achèvent »[1], interprète de cette musique qui est appel à la rencontre, à l’image du traducteur, ce témoin vigilant posté en bordure de la « forêt de la langue ». Tissant pas à pas son lien autour des poètes qu’il escorte dans sa langue, il est plus qu’un simple passeur, il est ce créateur de langage auquel nous devons d’entendre la véritable tessiture de nos mots. Ainsi s’éclaire l’horizon de la traduction qui nous ouvre le passage au premier mot, au premier vers, comme on franchit le gué sur des pierres tremblantes, tourné vers un monde qui semble nous attendre, un monde encore inexploré dont nous ignorions l’existence. Ainsi se découvre l’étrangeté du chemin qui reste à parcourir quand on se cherche à travers les mots d’un autre, dans cet entre-deux où demeure la muette présence d’une voix qui s’adresse à nous, personnellement. Mais c’est uniquement au bord de notre langue, celle qui nous traverse et pourtant ne sera jamais entièrement nôtre, sur cette ligne introuvable où chacun de nous demeure, qu’il faut se risquer à passer de l’autre côté de cette frontière invisible qui sépare les langues.

 

 

Octobre 2017

 

 

 

Unterwegs zur Übersetzung

 

Dem Geheimnis der Andersartigkeit verschiedener Sprachen eröffnet sich ein Weg zur Übersetzung. Eine Art und Weise, auf den unbekannten Horizont zuzugehen und in der eigenen Sprache das Vorhandensein dessen wachzurufen, was sich unterscheidet, was unstimmig erscheint, bis sich ein Zugang findet, die Schwelle zwischen zwei Welten zu überschreiten, zwischen zwei Sprachen, zwischen zwei Möglichkeiten, den Tag und die Nacht zu benennen, vergleichbar dem Erleben einer Präsenz, die zugleich nah und fern ist.

Wahrscheinlich liegt in der Poesie die eigentliche Brutstätte der Sprachen, wie eine Stimme, die sich der Schrift entzieht, der Besitznahme von Zeichen, hingewandt zu jener „Sprache / wo Sprachen enden...“*, Interpret jener Musik, die zur Begegnung aufruft, zum Bild des Übersetzers, dieses wachsamen Zeugens, der am Rande des „Sprachwalds“ seinen Standort hat. Schritt für Schritt knüpft er seine Verbindung rings um die Poeten, die er in ihrer Sprache begleitet, wobei er mehr ist als ein einfacher Kurier, er ist der Sprachschöpfer dem wir die wahre Stimmlage unserer Worte verdanken. Auf diese Weise erhellt sich der Horizont der Übersetzung, die uns den Übergang eröffnet zum ersten Wort, zum ersten Vers, so wie man die Furt über wacklige Steine durchquert, hingewandt zur Welt, die uns zu erwarten scheint, eine Welt noch unerforscht, deren Existenz wir nicht kennen. So ist die Fremdartigkeit des Weges zu entdecken, der durchlaufen werden muss, wenn man sich, ausgehend von den Worten eines anderen, quer hindurch sucht, in diesem Zwischen-Zwei, wo die stumme Präsenz einer Stimme bleibt, die sich an uns richtet, ganz persönlich. Aber nur am Rande unserer Sprache, diejenige die uns durchdringt und doch niemals ganz die Unsrige sein wird, auf dieser unaufspürbaren Linie, wo sich jeder von uns aufhält, muss man das Wagnis eingehen auf die andere Seite der unsichtbaren Grenze, die die Sprachen trennt, zu gelangen.

 

 

Übersetzung: Eva-Maria Berg

 

Oktober 2017

 

 

 

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* „An die Musik“, Rainer Maria Rilke.

[1] « An die Musik », Rainer Maria Rilke.

 

 

 

 

 

 

 

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Notice biobibliographique

 

 

Alain Fabre-Catalan est né en 1947 dans les Pyrénées-Orientales. II vit à Strasbourg où il a été professeur de français dans l’enseignement secondaire. Poète et traducteur, il est membre du comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature et de la revue Les Carnets d’Eucharis.

 

Auteur de recueils de poésie et de livres d’artiste, il a publié dans diverses revues (Faix, Textuerre, Ecbolade, Revue Alsacienne de Littérature, Bucovina Literara, Phœnix, Diérèse, Recours au Poème, Les Carnets d’Eucharis, Levure littéraire) poèmes et proses, fragments de son journal d’écriture « La fabrique des jours » et traductions, notamment du poète autrichien Georg Trakl.

 

Principales publications :

 

Avant l’éveil, éditions Pierron, 2001.

&cris-&crit 1, L’écriture ou le corps voisé, éditions Lieux-Dits, 2001.

&cris-&crit 2, La leçon du jour, éditions Lieux-Dits, 2003.

Passagères du temps & Passeurs de rives, éditions Rhombes, 2010 & 2011.

Vertiges, « Cahiers du Loup bleu », Les Lieux-Dits éditions, 2013.

Variations I Mezza voce – Variationen I, éditions Rhombes, 2015.

Variations II Rubato – Variationen II, éditions Rhombes, 2015.

Le Paradis perdu de Georg Trakl, Recours au Poème éditeurs, 2015.

Instants d’écrits – éditions Rhombes, 2016.

Hommage à Charles Racine, L’Atelier Les Carnets d’Eucharis, 2016 & 2017.

Hommage à Gustave Roud, Les Carnets d’Eucharis, 2018.

 

Le besoin de la poésie et la question de sa traduction n’ont cessé d’accompagner son travail d’écriture qui, comme tel, est devenu le vrai témoignage de cette expérience de la présence immédiate qui perdure dans la mémoire.

 

En 2014, FARBWECHSEL – CHANGEMENT DE COULEUR, Rhombes éditions – Collection Autres détours. Livre d’artiste en édition bilingue à tirage limité présentant une suite de poèmes en allemand d’Eva-Maria Berg, illustré par une empreinte photographique originale. Traduction Alain Fabre-Catalan et l’auteur.

 

 

En 2017, LE VOYAGE IMMOBILE – DIE REGUNGSLOSE REISE, Éditions du Petit Véhicule – Collection « La galerie de l’or du temps ». Livre d’artiste en édition bilingue écrit à quatre mains avec Eva-Maria Berg et accompagné de quatorze dessins du peintre Jean-Marie Cartereau, « une manière de nous inscrire à même l’héritage de la mémoire des camps, un passé qui ne passe pas ». Traduction Eva-Maria Berg et Alain Fabre-Catalan.

 

 

Sur internet, le blog d’Alain Fabre-Catalan : http://demeurenomade.over-blog.com

 

 

 

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Eva-Maria Berg

 

Photo : L. Belostyk

 

(Allemagne)

 

Poète allemande née en 1949. Elle a publié poèmes, proses et critiques littéraires dans différents journaux, revues littéraires et artistiques. Eva-Maria Berg est l’auteur d’une douzaine de livres d’artiste.

 

Alain-Fabre-Catalan etEva-Maria Berg ont travaillé en coopération pour des livres bilingues:

 » farbwechsel » – « changement de couleur », Rhomes éditions, Strasbourg 2014 et « Le voyage immobile » – « Die regunslose Reise », Editions du Petit Véhicule, Nantes 2017.

 

Pour plus d’infos : http://www.eva-maria-berg.de/

 

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