Alain Fabre-Catalan

 

Alain Fabre-Catalan

 

(France)

 

 

 

VARIATIONS

 

 

1.

 

 

Musique : la neige qui tombe

dans le silence retrouvé.

 

 

Écouter, voir la neige

qui ensevelit les pas et brûle

dans le creux des doigts,

mémoire murmurée au fond des yeux,

traînée de silence sur l’étendue

 

Contre ton cœur patiente la beauté

sur la portée céleste,

l’éclat consenti de l’étreinte

plus proche encore

au bout des branches

 

Dans l’éclaircie

feuille à feuille résonne

la clarté pour seule trace d’avenir,

au plain-chant de la vague

passagère qui gravite dans l’air

 

Ivresse au commencement

d’une voix qui s’ébruite au gré du vent

mille flocons creusent le ciel,

fugitive lumière

sous la pluie du temps

 

Entre la page et ton regard,

il s’agit de parfaire la trace sonore

à la pointe du souffle,

pour retenir l’oubli des mots

qui roulent dans la pente

 

 

 

2.

 

 

Musique : une voix qui hésite

dans la trouée des feuilles.

 

 

Ni terre ni ciel,

il n’est d’autre demeure

pour mesurer la nudité ouverte

des chemins de crête

à l’extrême bord du paysage

 

Dans la chambre de l’enfance,

tu reconnais la rumeur de l’orage,

musique d’ombres accrochée à l’adret

dans la friche, un feu s’échappe qui se tient

plus proche de l’éclair

 

Un filet d’eau claire

attise la soif des heures

sur le cadran solaire, le jour se tait,

l’instant n’en finit pas de s’effacer

appesanti sous la flèche d’ombre

 

Inouïe la dérive des nuages

accorde son élan à la lumière

quand rien d’autre ne compte,

sinon l’herbe rase du temps

qui égrène ses notes douces-amères

 

Au long des murs de pierres sèches,

tu déchiffres la partition jetée là

par tant de mains rassemblée

où désormais habitent les saisons

et ta voix portée par les vents

 

 

 

3.

 

 

Musique : les syllabes de la lumière

qui s’éveille sur les toits.

 

 

Venu du fond du ciel, pareil à l’ombre

sur la fraîcheur des pierres,

tu réponds à l’appel des peupliers

vibrant sous l’archet du soleil

du vert à l’or pour unique partition

 

Le jour respire sous l’écorce

invisible au plus haut du feuillage,

d’un même bruissement

gagné par l’évidence de la pluie

fusent les accents et les notes

 

À peine un battement d’ailes

sous la pesée des branches,

l’oiseau guette le bruit du temps,

sonate d’hiver qui se souvient

de l’amandier en fleurs

 

Douceur changeante de la lumière,

une flamme t’habite en secret,

mille éclats se perdent au bord du champ,

la nudité de l’astre scelle les mots de l’été

parmi les ombres claires des talus

 

Sur le fil tendu du poème,

l’offrande saisie aux cheveux,

tu cueilles le murmure à la source

dans le noir qui monte avec l’adieu

d’un chœur tourné vers le lointain

 

 

 

4.

 

 

Musique : ligne mélodique,

tissée de mille voix, où trouver sa place.

 

 

Jardin sonore de l’attente,

parole ardente qui s’abandonne à revers

dans la chambre intérieure où nul ne pénètre

hormis le silence et ses chemins de traverse

peuplés du balbutiement des heures

 

Musique ou bien silence,

seules brûlent les larmes de l’oubli

dans la lumière en crue,

longue note tenue sous la rosée

du matin qui allume ses feux rapides

 

Pure joie sur la branche naissante,

envolée de vive voix sur les touches de l’air,

l’oiseau boit la rumeur du temps

renouant d’invisibles liens

avec la nudité de l’arbre

 

Fenêtre dormante entre les feuilles,

dernière note bleue qui roule dans la paume

avec le suspens de la lumière,

une parole s’impatiente, dentelle vulnérable

qu’aucune lampe ne dévoile

 

Avec le retour des couleurs,

la fugue des saisons entame sa litanie

dans le désordre foisonnant des herbes

en cet îlot d’écume, la voix d’embruns du poème

ravive une à une les lettres de la pluie

 

 

 

 

 

 

 

 

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Notice bio-bibliographique

 

Alain Fabre-Catalan

 

Alain Fabre-Catalan est né en 1947 dans les Pyrénées-Orientales. II vit à Strasbourg où il a été professeur de français dans l’enseignement secondaire. Poète et traducteur, il est membre du Comité de rédaction de la Revue Alsacienne de Littérature.

 

Auteur de recueils de poésie et de livres d’artiste, il a publié dans diverses revues (Faix, Textuerre, Ecbolade, Revue Alsacienne de Littérature, Bucovina Literara, Phœnix, Diérèse, Recours au Poème, Les Carnets d’Eucharis) poèmes et proses, fragments de son journal d’écriture « La fabrique des jours » et traductions, notamment du poète autrichien Georg Trakl. Son recueil AVANT L’ÉVEIL paru aux éditions Pierron a obtenu en 2001 le Prix de l’Académie des Marches de l’Est. Deux autres recueils de poésie ont paru aux éditions Lieux-Dits, &CRIS-&CRIT 1, L’écriture ou le corps voisé en 2001 et &CRIS-&CRIT 2, La leçon du jour en 2003.

 

Publications et projets en cours :

 

Contribution à l’ouvrage de Charlotte Herfray, PENSER VIENT DE L’INCONSCIENT – Psychanalyse et « entraînement mental », publié aux éditions Erès en mai 2012.

 

Création d’une série de livres d’artiste présentant des textes inédits de l’auteur Poésie & Proses (1990-2010), collection Tiré à part, en micro-édition. Premiers titres parus : PASSAGÈRES DU TEMPS, PASSEURS DE RIVES et INSTANTS D’ÉCRITS.

 

En 2013, les nouvelles éditions Les Lieux Dits ont publié dans la collection des « Cahiers du Loup bleu », un ensemble de proses, VERTIGES, accompagné d’un dessin original de Cyril Barrand. Placés sous le double signe de l’évidence et de l’éclair, s’entrelacent prose et poésie pour dire « le vertige de la phrase » dans le cheminement de l’écriture.

 

Alain

 

En 2014, FARBWECHSELchangement de couleur, Rhombes éditions – Collection Autres détours. Livre d’artiste en édition bilingue à tirage limité présentant une suite de poèmes en allemand d’Eva-Maria Berg, illustré par une empreinte photographique originale. Traduction Alain Fabre-Catalan et l’auteur.

 

Sur internet, le blog d’Alain Fabre-Catalan : http://demeurenomade.over-blog.com

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