Adrien Braganti

 

 

(France)

 

 

 
Tour d’ivoire

 

Ce qu’il me manque ce sommeil

Car se maintiennent, quand il est tard,

Des sons dans les nuits où je veille.

Les justes, dans leurs étreintes,

N’ont plus de rêves à déclarer

Mais ton fantôme s’esquinte

Les dents à trop les faire claquer.

 

D’accord j’exerce le vers libre

Quand c’est un peu trop le boxon

Ou bien le temps pour moi d’écrire

Mais je me méfie de mes fins,

De ce que pourrait être mes mains

Et des insectes qui broient

Nos tours d’ivoire ou de coton.

 

Et des vierges sortent le soir,

Hantent les trottoirs et chaumières

Où personne ne fait l’amour

Depuis maintenant bien longtemps.

Et sur les murs encore debout

Lézarde le peu de lumière

Des restes du bien comme du mal.

 

Être un feu imprégné de cons

Venus me faire payer le prix

Pour toutes ces lacérations

Glissants sur leurs cuirs déconfis.

Ce refrain qu’ils n’entendent pas,

C’est ta gorge gonflant les gaines

De nos espoirs en fin de vie.

 

Tous ces fous savent mon endroit

Où les bassesses humaines

Côtoient les vertiges des toits.

Tous les inverses en font des tonnes

Que le décor ne se voit même plus.

Le bien-pensance se cogne

Aux culs de parfaits inconnus.

 

 

 
Les Secours

 

Hier encore mes secours

N’étaient qu’ombres et légendes.

Aujourd’hui marginaux sans visages,

 

Ils dévoilent un sol où la gloire grandit sans cesse,

Balayent les poussières de la solitude

Et des quelques minutes où tu étais à moi.

 

Et si demain ma voix s’ajoute à leurs chants,

La rapidité de nos mathématiques

Se poursuivra dans de puissantes oreilles.

 

Circulant au cœur d’équations nouvelles,

Notre sang sera la sève et la rage

D’une poésie extraordinaire.

 

 

 

Souverains et régicides

 

Il y a, pour chaque monarque hébété

Par la grandeur et l’apathie de la plèbe,

Un esclave sevré du servage

Prêt à tuer pour d’autres vérités

 

Ce temps est celui des ennemis de César

Qui naissent à moitié nus parmi les troupeaux

De pâles païens affamés de justice

Qui ne demandent qu’à changer de régime.

 

Empereurs et dévotes perdront leur droit.

Et sentiront dans leurs tripe l’essor maladif

D’un peuple balayant dieux et pontifes de ses lois,

Leurs jougs frappés de maintes et maintes mains sales

 

Et fiers de revêtir l’apparat des vainqueurs,

En juges aliénés que nous seront,

Nous cesseront d’être magnanimes

Pour la beauté de nos sacrifices.

 

Alors les anarchistes seront tant de rois

Comme l’arme et l’ennemi coïncident.

À chaque monarchie sa révolution

Et à chaque souverain son régicide.

 

 

 

Autour de toi

 

Le visage exsangue et la voix qui s’étrangle,

Elle oublie le bagage de son pays, prend la tangente

Entortille ses gênes qui l’attirent

Vers des sables qui dorent aux portes du trône.

 

Elle tendrait avec plus d’audace

Ses doigts qu’elle toucherait sa couronne, ma sœur

Languide attend sa dose de douceur,

L’humeur galante au loin de la plèbe.

 

Elle rôde dans les sphères de la hauteur

Affile ses crocs et ses charmes de tantôt !

Et bouscule l’ordre d’un pas qui s’amuse.

Les commis de la fortune qui vous juge

 

Et vous assène si l’argent vous manque,

Se laissent porter alors par la connivence

Que l’on partage tous avec le désir

De se laisser tomber en l’autre.

 

L’oiseuse se faufile chichement

À la table d’une autre frondaison.

Comme déjà se répandent dans leur gorges

Les goûts qu’elle donne aux nuits et aux mots.

 

Des perles d’été se dessinent sur des visages

Un sourire peut raconter toute une vie

Surtout s’il est jaune. N’espérez plus son respect

La beauté ne connaît aucune humilité.

 

Les faveurs et les bonnes grâces des bien-nés

Se cachent dans leurs excuses

Comme le monde observe le mouvement de ses lèvres.

Comment cela peut-il lui suffire ?

 

Les cœurs se soulèvent en un insidieux frisson

Mais ses linges ne connaissent rien encore.

Si le désir ne connaît que l’inconnu.

La mémoire, elle, est l’ennemie de l’amour.

 

Je deviens enfin autour de toi,

Le fantôme attentif, le revenant prêt à bondir

Sur les restes d’une vertu dont les miroirs

S’échinent à filtrer le reflet.

Ma main au feu que tous les rois

Donneraient n’importe quoi pour être dans son rire,

Effleurer ses doigts ou pour la voir

Jeter la clef des champs par de futures fenêtres

 

Et je sais aussi que le mensonge

Est dans la nuit et le jour,

Le soleil et la lune,

L’amour et le devenir de la mort.

 

 

 

La Jungle

 

Le mélange en guise de guide

Nous marchons tous deux en éclaireurs

Vers un lit de luzernes

Nos nerfs ne manifestent plus rien au sommeil

Et les restes de nos efforts pour le retenir sont vains

 

Retranchés derrière de plus jeunes années,

N’être qu’une chair nous obnubile,

Qu’un cœur dans le corps encore nubile

 

Les racines des arbres dormants

Sont le traversin sur lequel

Nos cheveux s’emmêlent enfin.

Et la jungle pour un instant s’éteint

En des draps un peu trop protecteurs.

 

Les débris de nos mémoires abattues

Lévitent au dessus des marques du monde

Où j’aurai pu naître bon.

 

Et dans l’espace de nos veines,

La mitraille d’un sang noir de peur

Soigne son rythme quoi qu’on en dise,

Restitue les mesures d’une musique

Dont l’écho résonne encore en moi.

 

Au fur et à mesure des concerts de nos murmures,

Nous plions bagages sans plus redouter

Que fanent les fleurs de tous les flirts.

 

 

 

 

 

 

 

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BIO

 

 Né à Saverne en 1990, Adrien Braganti a grandi dans une petite ville mosellane où il pratique depuis une dizaine d’années l’écriture. Ambulancier de métier, il est autant le témoin de la fragilité humaine que spectateur d’un décor mouvant au quotidien. Autodidacte, il compte publications et distinctions dans différents concours. Un premier recueil est déjà composé, Le Ventre de l’hiver.

 

1er prix de poésie du concours Plume d’Ancre en 2014.

Mention au sein de la catégorie « jeunes espoirs » lors du concours de l’association Les amis de Verlaine en 2014.

Édité dans le recueil L’été d’octobre rose de l’association Femmes qui écrivent avec les loups en 2015. – Édité dans les Anthologies Flammes Vives depuis 2015.

Mention spéciale du jury au prix Matiah Eckhard en 2016.

Édité dans l’Anthologie poétique du Lions Club de Gif-sur-Yvette en mars 2017. Publié dans le Poézine Traction-Brabant en septembre 2017.

Édité dans le recueil Ce qui nous relie par l’association Livre au Vent en octobre 2017.

Publié dans les revues Florilège, Les Cahiers de Poésie (2017) et Traversées (n°89, septembre 218).

Édité dans le recueil de poésie des finalistes du concours organisé par Les Amis de Thalie (à paraître en 2018).

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