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 Chers  amis d’ici et d’ailleurs,

 

 

Levure littéraire 7

 

 

 

 

vous invite à découvrir les rêves artistiques de ses 160 auteurs et artistes internationaux.

 

 

 

 

Errances au Pays de la Rêverie

 

 

«  La beauté du monde rêvé lui rend un instant sa conscience. »

Gaston Bachelard.

 

 

DIA LOGOS

 

 

 

 

RODICA DRAGHINCESCU & MICHEL BENARD

 

 

 

 

Par le rêve, l’homme est la métaphore de lui-même !

 

Vous rappelez-vous de votre dernier rêve ? Ne le trouvez-vous pas un peu étrange, incohérent et incompréhensible ? Faites-vous des rêves prémonitoires, lucides, éveillés, fantastiques, effroyables?

Comment utilisez-vous dans la journée le mot « rêve » ? Et pendant la nuit ?

Dans les langues latines, le « rêve » a un étymon fondé sur le mot somnium qui a donné « songe ». Dans la nuit des temps et même au-delà, resver signifiait « courir çà et là » et un resveur de nuit était un « maraudeur nocturne ». Depuis, l’usage des expressions synonymes : « tu rêves ! » et « tu divagues ! ».

Le mot « rêve » a aussi une version dialectale de « rage », issue du latin rabies.

 

 

 

 

Le rêve désigne un ensemble de phénomènes psychiques éprouvés au cours de notre sommeil. Au cours de l’Histoire, différents domaines de la connaissance se sont intéressés au rêve, y cherchant un sens ou une fonction.

Le rêve se distingue de l’hallucination et de la rêverie qui, eux, sont vécus à l’état éveillé. Le nom scientifique de l’étude des rêves est l’onirologie.

Il est cependant possible d’entraîner la remémoration onirique. Les rêves sont les plus élaborés pendant les phases de sommeil paradoxal.

La réalité se confond-elle avec le rêve ? Où se situe le rêve dans la réalité ? Où se cache la réalité dans le rêve ? Pourquoi rêve-t-on ?

Est-ce qu’on rêve quand on rêve ? Et lorsqu’on dort et on ne rêve pas, que se passe-t-il dans l’ici de cet autre monde ?

Est-ce le rêve qui rêve de nous ? Et si on rêve et on ne dort pas, qu’est-ce qui ne se passe pas  dans le toujours du présent?  Où est le rêve réveillé ? Comment se fait-il qu’au réveil, le souvenir du rêve soit si souvent indéfini, indéfinissable, lacunaire ? Quelle inexistence côtoie-t-il ?

Est-ce le rêve le miroir de nous-mêmes, une surface suffisamment polie pour qu’une pensée donne naissance à une  image vécue qui  s’y forme par réflexion et qui soit conçue à cet effet ? Le rêve est le cœur de notre intimité psychique, un lien entre le « moi » et l’ « inconscient ».

 

 

 

 

Lorsqu’on rêve on apprend à survoler les dangers, on apprend à passer de nous-mêmes vers l’Autre Chose, et de cette Même Chose vers  une Autre Identité ?

On rêve l’Un de l’Autre ? On se fait du mal, en rêvant l’amour parfait, l’avenir des distances douteuses et des lieux prédits ! D’un extrême à l’autre du champ visuel, on est dans l’obscurité au revers de la lumière.

Horizontalement, dans un état de sommeil vertical, on voyage dans l’ hier du lendemain du passé. On rêve sur ce que nous ne sommes pas, sur le comment on ignore encore ce qu’on sait et on est et pourquoi et surtout dans quel état, sous quelle entité, notre propre langue dépend du réel et vice-versa, et pourquoi la langue lui doit beaucoup et ce beaucoup  n’est pas une quantité mesurable mais plutôt une dimension du corps qui joue avec ses propres repères et ombres!

Bachelard, Bergson faisaient-ils des rêves méditatifs, créatifs ? Et C.G. Jung ? Et Freud, faisait-il des rêves inversés ?

Est-ce que l’être du vivre l’avoir exclut le rêve ? Est-ce la rêverie le fruit du rêve du rêveur ?

Est-ce qu’en hiver on rêve d’une manière plus réaliste qu’au printemps ? Et en automne, nos rêves deviennent-ils des oiseaux migrateurs ? Ah, vraiment le cerveau est bien une métaphore pathologique! Par le rêve, l’homme est la métaphore de lui-même!

Par analogie, le rêve donne à notre corps un sens qui se marie généralement bien avec un langage intraduisible, impossible à cerner. Ou presque.

R.D.

 

 

 

 

Le paysage hivernal est d’une irréelle blancheur. Ce matin, plus que jamais…

 

Sans doute est-ce là une belle invitation pour nous engager sur la voie du rêve, et rejoindre l’état de renaissance initial dans le sillage de Gaston Bachelard, le grand philosophe de la poésie et alchimiste du «  Droit de rêver » et dans les turbulences du peintre-poète, Marc Chagall qui nous ouvre les portes de son univers mystique et onirique jusqu’à mettre la tête à l’envers de ses personnages. Pour lui disait-il, c’est : « …/…comme une fenêtre à travers laquelle je m’envolais vers un autre monde. »

 

L’un et l’autre nous plongent dans le climat de conscience du rêve éveillé. Difficile parfois de faire la différence entre le rêve et la réalité : « Où l’ai-je vue ? Est-ce sur terre ou dans un songe…/… » nous rappelle le poète, Marc Chesneau.

La rêverie poétique est un espace de privilèges émerveillés engendrés par la création d’images du poète.

L’image poétique peut se faire l’image du monde ou plus précisément d’un monde se voulant meilleur, au travers des variations féeriques du songe.

 

L’image poétique éclaire l’inconscient de ses plus belles lumières et de ses plus subtiles visions issues du Verbe.

 

 

 

 

A ce titre d’ailleurs, Gaston Bachelard voyait en la poésie la destinée de la parole, allant même s’interroger sur ce que pourrait bien faire le philosophe sans l’intervention des poètes.

« C’est une porte ouverte sur la psychologie des profondeurs».

 

Par le poème, nous touchons l’homme de la nouvelle parole et par delà ces frontières nous érigeons une nouvelle vision de paix et d’avenir : «  C’est cette paix silencieuse que veut nous communiquer le poète » rétorque à nouveau, Gaston Bachelard.

L’acte poétique n’est en rien passif. Il est action inaugurale qui élève l’esprit vers la pureté de l’âme. Par l’acte poétique, nous cheminons sur les voies de l’irrationnel. Nous demeurons dans le domaine de l’insaisissable. Nous nous sentons transportés irrémédiablement par l’invitation au voyage, au monde onirique et cosmique, qui nous place dans une situation de solitude, une sorte de retour au désert, grâce auquel nous abandonnons un monde restreint, compartimenté, pour accéder et enfin pénétrer dans un espace intemporel.

L’image poétique contient le témoignage d’une âme qui découvre un monde où enfin elle serait digne de vivre.

Cependant à vouloir transcrire de semblables intentions, il y a toujours un quelconque risque d’égarement intérieur.

Nous partons d’un point, avec l’idée première d’un itinéraire, pour finir par nous retrouver dans un territoire totalement insoupçonné quelques lignes auparavant. Mystère du processus  de l’écriture ! Oui nous sommes ici confrontés en partie à cette ligne médiane de toute l’énigme et de l’aventure de l’écriture.

Souvent, les baumes de la rêverie élégiaque nous enveloppent de toutes leurs tendresses féminines ; la féminité toujours évocatrice de grands songes dépose en nous le germe romantique préludant le déclic poétique.

Nous sommes ici au cœur de toute une ambiance cristallisée en état de spiritualité où le poème irise l’âme et réveille la mémoire.

Il y a dans chaque mot une naissance, une émotion nouvelle, une illustration de devenir. Chasseur du Verbe, jardinier du Beau, quêteur d’Absolu, le poète saisit l’émotion fugitive, afin de tenter de la sacraliser.

La pensée d’un poète est toujours nourrie de mots, remplie d’images, mais il faut lui laisser le temps de les rêver. Chaque mot doit être mis à sa place, afin de donner un plus juste sens à la vie, afin d’atteindre sa hauteur, sa coloration.

Chez certains poètes, les mots vont jusqu’à être des individus avec les consonnes pour corps et les voyelles pour sexes. Ils cherchent à écrire avec l’essence subtile, la moelle substantielle des mots pour effleurer au plus près l’intimité des choses.

Si la rêverie poétique a cette fonction de nous libérer des fardeaux de la vie, elle est également une révélation androgyne où les principes féminin et masculin se fondent pour se placer en complémentarités dans l’espace. Le grand philosophe-poète et orthodoxe Vladimir Soloviev voulant hisser la vie vers ses plus hauts degrés soutenait avec force et conviction que : «  L’homme véritable en la plénitude de sa personnalité idéale, ne peut évidemment, être seulement homme ou femme, mais doit posséder une unité supérieure des deux sexes ».

La rêverie poétique nous plonge au cœur de l’unité androgyne, effaçant les frontières réductrices entre le féminin et le masculin. Nous sommes placés ici devant l’évidente réalité fusionnelle de «  l’animus et de l’anima ».

 

 

 

 

Un rêve androgyne traverse fréquemment les œuvres de Marc Chagall, souligne Gaston Bachelard dans «  Le droit de rêver », car les corps sont unis, primitivement unis.

Il est fréquent que l’on retrouve très souvent ce «  dédoublement » chez le poète, l’artiste, le musicien, comme chez tous les êtres aux fibres suprasensibles.

Par ce prolongement de notre cheminement de la rêverie de la féminité, de l’androgynie, nous nous retrouverons inévitablement sur les sentiers de l’enfance.

«  C’est l’enfance qui retient la mémoire de l’homme ».

 

Pour le poète de la rêverie, il y a abstraction du temps, de la subtilisation des âges, il n’y a pas d’intermédiaire entre l’enfance et la vieillesse, entre la naissance et le déclin du grand âge !

Le principe de l’errance onirique amplifie la vision du monde, déplace les paysages, mêlent les cités, embellit les océans, abolit les frontières tant morales que physiques.

La petite mare se transforme soudain en lac légendaire, le ruisseau en fleuve amazonien, la cabane en palais féerique, l’inconnue en confidente…!

La rêverie ouvre les portes aux plus folles libertés, elle est la révolution ou l’évolution d’un monde vers le retour à l’espace de l’enfance, de l’éblouissement, de l’innocence. C’est une source d’énergies où le poète réinvente les grandes images qui nous rappellent notre unité intime avec l’univers.

Le poète de la rêverie est un archéologue de l’âme, du songe, de l’amour global, de la mémoire qui réveille le mystère de l’enfance provoquant en nous ce vertige des profondeurs qui s’étend à tout l’univers pour se confondre à mille autres horizons.

Gaston Bachelard qui fût toujours un ardent défenseur du «  Droit de rêver » et de «  La poétique de la rêverie » disait : « Un beau poème est une folie retouchée ». Quant au poète grec, Odysseus Elitys, il ne manque pas de nous rappeler que : «  La poésie corrige les erreurs de Dieu ». Propos plutôt sympathique, à l’heure préoccupante du grand retour au  religieux et de son inévitable cortège obscurantiste et sectaire !

 

 

 

 

Mais la poésie, c’est aussi l’éveil du rêve oublié, en ce point, nous nous rapprochons de Pierre Jean Jouve, poète de la noce mystique, des arcanes profondes, des stratifications mémorielles, pour qui le poète véritable, bateleur des mots, orfèvre du Verbe, est celui qui dans l’extrême veille, harponne un équivalent du rêve qui fait rendre au langage tout ce qui est enfermé dans l’âme.

 

 

 

 

En forme de conclusion, je me permettrais d’avancer que : «  La poésie tisse en nous des rêves qui vont jusqu’à nous faire côtoyer l’extase ». Michel Bénard

 

 

 

 

 

 

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Conçue en tant que ferment éthique et esthétique, Levure est un espace d’initiatives et de pensées créatives, sans aides financières, sans prétentions hégémoniques, qui privilégie la qualité et l’originalité de l’Acte constructeur de Culture. Par ces temps de crise économique, et surtout de forte crise morale, quand  la Paix, l’Education et la Culture sont mises à l’écart, puisqu’il n’est plus de mode de cultiver l’humanisme, Levure s’entête à chercher avec vous, la voie vers une passerelle secrète, vers un lieu paisible et propice à la méditation au-delà des barbarismes et des vulgarités quotidiens. Avec pour intention de demeurer dans la lignée de l’esprit universel des Lumières !

 

Magazine  d’information et d’éducation, Levure apporte sur vos écrans d’ordinateur, 4 fois par an, des auteurs atypiques (entre 50 et 100 par numéro),  des thèmes et des sujets moins usités,  abordés ou exploités, des actants et des acteurs de toutes obédiences socioculturelles (littérature, arts plastiques, musique, philosophie, ethnologie, journalisme, psycholinguistique, etc. – qui en présentant des pays et des traditions, des horizons riches en différences et ressemblances, similitudes, nous enrichissent, tout en nous captivant. Par sa diversité thématique, et par le nombre impressionnant de protagonistes culturels, Levure nous et vous offre le choix entre plusieurs langues, sensibilités, goûts, besoins de lecture et d’informations.

 

« Dire d’autrui qu’il est mon semblable, est-ce dire qu’il me ressemble ? »

 

Dans la rubrique Languages, dont le titre est un mot anglais, vous trouverez les langues sources (maternelles), ainsi que les langues cibles (traductions) de nos collaborateurs, autres que le français, celui-ci étant considéré la langue de base de cette  publication.

 

Levure littéraire n°7  contient de la poésie, des nouvelles, des extraits de romans, des pages de journaux, des essais littéraires, des notes de lecture, des contes traditionnels et philosophiques, des articles de psychanalyse, de la peinture, des dessins, des collages, de la sculpture, des performances théâtrales et de cinéma, de la musique (jazz, rock, pop, folk, etc.), des informations liées aux évènements culturels internationaux.

 

Avec l’aide de tous les participants, nous  essayons de  préserver et de stimuler l’échange humaniste.

 

Notre but : révéler de nouveaux auteurs, promouvoir  le savoir et le succès des auteurs connus, inscrire des perspectives pour ceux qui en sont en rupture.

 

La culture nous aide à mieux maîtriser  et à mieux équilibrer notre destin. Osons la partager  avec  les Autres  – Auteurs,  ces « étrangers », «voleurs  d’âme», qui nous intriguent toujours un peu… Reconnaissons l’identité de l’Autre, avec ses différences, tout en  respectant sa langue, ses traditions, son œuvre, et sa culture.

 

Participons au partage des idées novatrices et libératrices de nos cultures. Brisons les manœuvres de ceux qui orchestrent la chute finale de la culture et de la société en entretenant insidieusement sa dégradation pour des causes perfides autant que machiavéliques inavouables.

 

Cultivons l’amitié! Et l’amour-amitié ! Se nourrir de culture, c’est habiter en harmonie la maison de l’ETRE, voyager, migrer en frégates d’Artistes vers ces pays « terra incognita »  où des Voies & Voix  inattendues nous attendent, le cœur en offrande.

 

 

 

 

Levure littéraire a été créée particulièrement pour tous ces gens talentueux, demeurés dans l’anonymat national ou international, sans  relations, et sans réelles  possibilités d’accéder à la notoriété …

 

Notre magazine est devenu plurilingue justement pour ces pays dont les langues et cultures sont ignorées (oubli au profit de la loi du nabab offshore et de la pensée unique).

 

Sans faire de politique, nous luttons contre ces prédateurs culturels qui prêchent, bras croisés, bouche et poches pleines, (l’abolition)  de la culture. Nous stigmatisons le manque de mécénat et la réduction des budgets culturels, et nous dénonçons la perversion des comportements langagiers, humains, esthétiques et éthiques de notre 21e siècle.

 

Protégeons  l’art, tout en le pratiquant avec talent et confiance. Pratiquons l’art, tout en le défendant avec raffinement et intelligence. L’art nous a toujours aidés à résister, à évoluer dignement, à aimer le monde, et à croire en un monde meilleur. L’art ne tue personne, au contraire il élève l’homme. Ne le tuons pas, s’il vous plaît! N’en faisons pas l’enjeu de spéculations hasardeuses et stériles et ne le transformons pas en un vulgaire produit commercial. L’art business» international … n’est pas notre art, mais l’ANTI ART, « l’art » de détourner  les artistes et leurs cultures de leurs chemins et destins! Nous refusons par l’art les lois immorales et suicidaires des « goldens boys » !

 

Etre contemporain ne signifie pas adopter pêle-mêle la crise de son temps avec ses flots et tourbillons, sans réflexion,  sans  conscience collective ni sélective à la fois. Il faut adhérer à son époque avec lucidité, vigilance et perspicacité, en se tenant à une bonne distance, avec un écart spatial et temporel, pour mieux délimiter les maux en gestation. Le contemporain ne substitue pas le présent au passé, il est à la recherche de ce que le présent renferme dans son futur à venir…sans en ignorer pour autant les fondations originelles.

 

Cette nouvelle édition de notre magazine restera fidèle à l’énergie positive qu’elle a affichée dès le début, vis-à-vis de la création inventive. Un contenu qualitatif, face à l’agressivité et à la vulgarité du monde politique actuel qui monopolise la vedette médiatique.

 

 

Rodica Draghincescu,
Directrice Littéraire